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Moi y’en a vouloir des sous, un jeu de société mais par Jean Yanne

Il y a plusieurs manières de découvrir le film de Jean Yanne, Moi y’en a vouloir des sous (1973). La première et la plus simple est de s’installer confortablement dans son canapé, lancer le dvd et de bien se marrer. La seconde, plus intellectuelle et cérébrale, est de se mettre au lit avec le roman tiré du scénario de Jean Yanne et Gérard Sire. Attention, il y a de forte chance pour que vous ne gardiez pas votre sérieux très longtemps. La dernière, et la plus improbable, est de vivre totalement le film en jouant au jeu de société, Moi y’en a vouloir des sous. En effet, Jean Yanne a tellement lui aussi voulu gagner des sous qu’il n’a pas attendu George Lucas pour lancer sa propre gamme de produits dérivés. C’est ainsi qu’il a conçu, avec l’aide de son ami Tito Topin, un jeu pertinent, drôle et caustique.

Pour bien comprendre ce jeu, il faut évidemment maitriser le film. Après avoir réalisé Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, pamphlet insolent sur le monde des médias et la société de consommation, Jean Yanne n’avait pas encore réglé ses comptes avec tout le monde. Ecrit en 1968, l’année de la révolution, par Yanne et Sire, le scénario de Moi y’en a vouloir des sous était resté au chaud dans un tiroir.  Après les médias, il était temps pour Yanne de s’attaquer aux syndicats. La garde rapprochée de Yanne répond présente pour jouer dans son second film. Ainsi, on retrouve Bernard Blier, Nicole Calfan, Michel Serrault, Ginette Garcin, Daniel Prevost et Paul Préboist au générique de cette grinçante satire. Dans ce film, Yanne campe Benoit Lepape, un conseiller financier qui se retrouve sur le carreau. Lepape décide alors de travailler chez son oncle, un militant syndicaliste. Lepape prend tout le monde a rebrousse poils en imposant des méthodes capitalistes dans l’entreprise, méthodes qui rapportent cependant vite un gros paquet de fric. Lepape, plein de bonnes intentions veut partager ses bénéfices, mais il va se retrouver bloqué par des syndicats obtus (pléonasme ?). Par le détour de la comédie, Yanne montre les limites du système capitaliste et son incompatibilité avec le social. Patrons, ouvriers, politiciens, CRS, Clergé et MLF, tout le monde en prend plein la gueule et donc, le jeu tiré du film est formidable pour se foutre sur la gueule.

Avant de commencer une partie, il faut créer de l’ambiance. Certes, ce jeu est sur fond de syndicats mais il n’y a aucune obligation à sortir une bouteille de pastis, de rouge qui tache ou de bière qui pique. A la bibine, on peut préférer un bon champagne en hommage à tous les bouchons qui ont explosé dans les bureaux de Cinéquanon au 33 des Champs-Elysées. Une fois la boisson réglée, occupons-nous de la musique. Le plus simple est de faire tourner le disque de la musique du film composée par Michel Magne et éditée par Stéphane Lerouge. En effet, les chœurs et les cuivres des marches des syndicats et des CRS n’auront que plus de poids durant votre partie. Et si des féministes ont de revendications, faites les danser sur Liberté, égalité, sexualité. Voulez-vous des sous ? Alors soyez prêt pour un jeu de massacre.

Moi y’en a vouloir des sous présente de grandes similitudes avec le Monopoly. Il comprend aussi un grand plateau divisé en cases, une banque avec des billets, une pile de cartes à tirées au milieu et le but est de se faire un maximum de fric. Mais ici, les billets sont à l’effigie de Jean Yanne, on n’achète pas des rues mais des entreprises ou des syndicats, les cartes « chance » sont celles de la loterie et il n’y a pas de joueurs mais des « camarades ». Le jeu se joue entre 3 et 6 camarades. En début de partie, ils reçoivent tous 20.000 francs – ce qui rend heureux les nostalgiques de la vieille monnaie. Cette petite cagnotte permet aux camarades de s’acheter des entreprises ou des syndicats lorsqu’ils tombent dessus. L’heureux syndicaliste ou chef d’entreprise peut ensuite faire payer la visite des autres camarades lorsqu’ils tombent sur une case lui appartenant. La somme due est basée sur le montant du coup de dés du camarade. Le but pour un camarade est évidemment d’avoir le maximum d’entreprises pour devenir majoritaire dans un syndicat. Mais attention, en tombant sur la case d’un syndicat grâce à un double, celui-ci peut changer de main.

Ce jeu sorti en 1973 nous ramène dans la France pompidolienne. Les plus jeunes camarades ne comprennent pas forcément l’enjeu de détenir l’Ortf mais savent que derrière la case du Panard incarné se cache le Canard enchaîné. Mais la case Presse pourrie, dépendante du syndicat de l’intox, nous prouve que les choses n’ont finalement pas tellement changé. Séjour en prison, au poste de police ou à l’hôpital menace chaque camarade. La case loterie est à double tranchant puisqu’elle peut aussi bien apporter de la chance à un camarade que des emmerdes. Ainsi, en tirant une carte loterie, un camarade peut se retrouver aux urgences car il s’est pris un livre rouge en pleine poire. Il peut aussi être jugé pour pornographie après avoir collé des affiches de Polnareff. Jean Yanne y est allé de sa patte en créant la carte de fumier qui offre une prime car le camarade qui l’a tiré a été nommé sous-directeur d’une radio périphérique. La carte d’avoir fiscal a du le faire rêver car elle permet d’être exempté à vie d’impôts. Yanne nous prouve aussi que les bobos existent depuis toujours avec la carte d’intellectuel de gauche qui oblige le camarade à refaire le monde aux Deux Magots pour ensuite le taxer de 100 francs car le monde n’est pas mieux.

Moi y’en a vouloir des sous offre une belle photographie de la France et de son fonctionnement. Mais attention, les parties de ce jeu peuvent être très courtes et montrent à quel point nos politiques sont assis sur une poudrière. En effet, si un camarade tire la carte grève générale, le jeu est terminé et le gagnant est celui qui a amassé le plus de sous. A ce moment-là, tout comme Jean Yanne, on se dit que le monde est fait d’imbéciles qui se battent contre des demeurés pour sauvegarder une société absurde. A bon entendeur, salut !

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Lalo Schifrin au Festival Lumière 2012

La salle de cinéma du hangar du premier film était pleine à craquer à l’Institut Lumière. Tout le monde piaffait d’impatience pour accueillir Lalo Schifrin. Malgré l’affluence, c’est avec joie que nous avons aperçu la chevelure argentée du Maestro fendre la foule, descendant au premier rang aidé par son épouse. A 80 ans, avec un regard malicieux amplifié par des lunettes un tantinet démodées, Lalo garde encore une bouille de joyeux cabotin.

On sent poindre une vive excitation dans la salle avant que ne débute cette rencontre. En effet, vu l’importance de l’œuvre de Lalo Schifrin et la rareté de célébrations autour de la musique de film, on mesure le privilège d’être présent à un tel rendez-vous. A peine installé, certains se sentent tellement privilégiés qu’ils n’hésitent pas à fondre sur Lalo pour lui voler un autographe.  Le compositeur de la musique du film Les proies en devient une à son tour et l’on assiste à un ballet de chasseurs d’autographe et de photographes qui se comportent comme des rapaces. Moi aussi, j’avais apporté un vinyle de Bullitt dans l’espoir que Lalo me le signe, mais en voyant tout ce monde autour de lui, je n’avais plus du tout envie de participer à tout ce cirque. En bon Gizmo, je remonte à ma place et laisse les Gremlin’s se dévorer entre eux. C’est d’ailleurs avec une patience infinie que Lalo joue le jeu et signe des tonnes de disques. Mais au-dessus de cette mêlée humaine qui rappelle les plus effrayantes scènes du Jour du fléau, rayonne, telle une auréole, la chevelure argentée du Maitre.

Dans le public, on aperçoit Bertrand Tavernier, Madame Georges Delerue et Nicolas Godin. Une organisatrice de l’Institut Lumière descend près de Lalo, faisant le ménage en chassant les chasseurs d’autographes. L’incontournable Stéphane Lerouge, ressemblant de plus en plus à Roland Orzabal, et qui anime cette rencontre, est à ses côtés. Le calme s’installe alors rapidement dans une ambiance intense et solennelle. Puis nous sommes enfin priés d’accueillir chaleureusement, mais est-ce utile de nous le dire, Lalo Schifrin. Lalo se lève du premier rang sous un tonnerre d’applaudissements. Tournant le dos à la salle, il entraperçoit un public enthousiaste en pivotant la tête à gauche puis à droite. Et de sa main de chef d’orchestre, dans un geste typiquement latin et terriblement funky, il nous ordonne de faire encore plus de bruit. La salle du premier hangar se lance alors dans une impro d’applaudissements. Puis, prenant un micro qu’on lui tend, Lalo nous dit, dans un français impeccable, à quel point il est ému de se retrouver parmi nous. Au final, on ne sait pas trop qui est le plus ému mais qu’importe puisque l’émotion  submerge toute la salle.

Après une présentation succincte et avant que Stéphane Lerouge entame un dialogue avec Lalo Schifrin, on nous présente un portrait qui va nous être diffusé sur le musicien. Ce documentaire est réalisé par une lyonnaise, Pascale Cuenot. Celle-ci est présente dans la salle et les amateurs de musique de film la connaissent bien puisqu’elle a réalisé une très belle série de films sur des compositeurs tels que Gabriel Yared, Maurice Jarre ou encore Georges Delerue. Diffusé pour la première fois devant un public et surtout devant Lalo, le principal intéressé, on peut imaginer le trac de la réalisatrice. Mais tout se passe à merveille car en un peu moins d’une heure, Cuenot brosse un portrait précis de Lalo Schifrin. On découvre les tensions politiques en Argentine dans lesquelles Schifrin a grandi, puis son érudition musicale, ses premiers voyages et sa relation privilégiée avec la France. Le film montre bien toute la richesse et les fondations de son éducation musicale qui seront les clés de sa réussite à Hollywood. Cuenot a dégoté de belles images d’archives d’un Lalo jeune au piano et d’autres plus drôles où il déconne en chantant. La part belle du documentaire est évidemment dédiée à la musique de films et de séries. C’est de chez lui, l’ancienne demeure de Groucho Marx, que Lalo nous commente les grands moments de sa carrière. C’est un plaisir de le voir dans son élément, maison surchargée d’objets, de trophées, de livres, de disques, de pianos et d’un grand billard à toile rouge. Du Kid de Cincinnati en passant par Bullitt, Mission Impossible et jusqu’à Rush Hour, les grandes œuvres de Schifrin sont admirablement évoquées par lui et bon nombre de ses amis et collaborateurs. Documentaire qui ravit donc aussi bien les férus du compositeur que des novices qui voudraient se frotter à sa musique et découvrir ses facettes jazz, symphoniques et électroniques.

Personne ne s’y trompe, le film est chaleureusement applaudi et Schifrin le trouve formidable. Pascal Cuenot doit être soulagée et elle est invitée à rejoindre Lalo près de l’écran. On découvre une femme discrète et profondément émue. Lalo, habité par un swing évident, est jovial et farceur. Ses yeux pétillent et il demande au contrebassiste Pierre Boussaguet de le rejoindre sur scène. On sent que dans le public personne ne connait cet immense musicien. Il est amusant de s’apercevoir que de nombreux admirateurs de Schifrin ne connaissent finalement qu’un pan de son travail et qu’ils n’ont pas osé franchir les portes du jazz. Lalo parle de sa collaboration fructueuse avec Pierre qui a su remplacer Ray Brown dans la série des concerts  Jazz meets the Symphony. Puis Boussaguet remonte à sa place dans une indifférence polie et Lerouge arrive avec plein d’extraits de film à analyser.

Grand connaisseur de l’œuvre de Schifrin puisqu’il a édité Les Félins dans sa collection Ecoutez le cinéma, Lerouge reprend des extraits qui ne sont pas apparus dans le documentaire. Schifrin nous parle donc de sa collaboration avec René Clément, de The Fox et de Bullitt. Les réflexions de Schifrin sont toujours drôles et taquines. On découvre alors un homme qui est vraiment à l’image de sa musique puisqu’il respire l’intelligence et laisse de la place à l’improvisation. On assiste d’ailleurs à des dialogues truculents entre les deux et Lalo va même jusqu’à reprendre Lerouge sur son français. En effet, lorsque Lerouge lui demande ce qu’il a essayé de faire sur The Fox, Lalo lui répond du tac au tac « je n’ai pas essayé, j’ai fait ». C’est dans cette phrase incisive de Lalo que l’on voit toute la précision qu’un grand musicien attache au vocabulaire ainsi que sa force de travail.

Pour l’extrait suivant, Bertrand Tavernier est invité à rejoindre Schifrin pour parler de Dirty Harry et Don Siegel. Le morceau choisi est le final du film. Tavernier nous éclaire sur cette fin qui n’était pas choisie au début et Lalo nous parle du choix des instruments qu’il a utilisé pour accentuer un sentiment de dégoût à la fin du film. Il en profite pour faire des jeux de mots avec les titres de bouquins de Jean-Paul Sartre comme Les mots et La nausée. L’intervention de Lerouge se termine sur la musique de Schifrin composée pour Tango de Carlos Saura.

Malheureusement, l’heure tourne, et il est impossible d’arriver au bout des 70 extraits que voulait nous passer Stéphane Lerouge. Pas le temps donc de parler de The Hellstrom Chronicle, d’Earth II ou encore de Pretty Maids All In A Row.  Lalo Schifrin est une dernière fois applaudi chaleureusement. La salle se vide petit à petit. Il n’y a plus grand monde autour de Lalo et son épouse. Mon vinyle de Bullitt me fait du pied et je m’approche fébrilement du Maitre. Il signe mon disque mais c’est surtout son regard malicieux qu’il me tend en me rendant mon vinyle qui restera gravé dans ma mémoire.

Les musiques des films de Jean-Pierre Mocky

Jean-Pierre Mocky a passé sa vie à gueuler. Il a hurlé sur la Terre entière et ses films apparaissent comme de virulents pamphlets contre tous les maux de notre société. Dès 1968, il a compris que la télévision n’était qu’une sombre boite à con et son film, La grande lessive, nous montre d’une manière vivifiante comment éviter le nettoyage de cerveau. Cible facile mais inévitable, la religion en prend aussi toujours pour son grade à travers des films comme Le miraculé (1987), Un drôle de paroissien (1963) ou encore Le témoin (1978). Le ballet de crabes qu’est la politique avec ses magouilles  se fait lui aussi admirablement épinglé dans Chut ! (1972), Y a-t-il un français dans la salle (1982) et Une nuit à l’assemblée (1988). En grand libertaire, Mocky s’égosille contre tout ce qui nous aliène, de la vie de couple jusqu’au football. Ses films sont remplis de flics, de tueurs, de curés, de banlieusards, de fumistes, de menteurs et d’admirables salopes qui ont tous le point commun d’être des marginaux. Mocky touche à tous les sujets et, avec une jeunesse éternelle, rien ne semble inabordable pour ce rebelle de 77 ans. Rien ? Sauf peut être l’argent.

Oui, l’argent est une obsession pour lui qui a toujours rechigné sur les moyens alloués à ces films. D’un côté, on l’entend pleurnicher d’être obligé de faire des films avec des bouts de ficelles ; de l’autre, on sait très bien que ce manque d’argent est un immense stimulateur artistique pour lui et que cela en est devenu sa marque de fabrique. D’ailleurs, de célèbres acteurs comme Michel Serrault ont toujours accepté  de jouer quasiment gratuitement pour lui. Et de Michel Simon, en passant par Bourvil jusqu’à Philippe Noiret, les films de Mocky ont toujours eu une affiche prestigieuse. L’envie d’acteurs de tourner avec Mocky les ont contraints à de nombreux sacrifices qu’ils ont toujours acceptés, même si certains d’entre eux ont du être un peu bousculés. Et Jeanne Moreau a du faire une drôle de tête en apprenant que pour loge personnelle sur le plateau du Miraculé, elle utiliserait les chiottes comme tout le monde.

Pour ses musiques de film, Jean-Pierre Mocky a fait preuve d’un flair extraordinaire dans ses collaborations avec des compositeurs. Tout comme pour les acteurs, des compositeurs réputés ont travaillé avec lui. On peut citer évidemment Maurice Jarre, François De Roubaix, Eric Demarsan, Gabriel Yared et Vladimir Cosma qui ont illustré à plusieurs reprises des films de Mocky. Plus étonnant, Mocky n’a pas hésité à faire des incursions dans le monde de la chanson puisqu’aussi bien George Moustaki sur Solo (1970), Léo Ferré pour L’albatros (1971), Nino Ferrer avec Litan (1982) et Alain Chamfort pour A mort l’arbitre (1984) ont écrit pour lui. Editée en 1993 par Playtime et malheureusement introuvable aujourd’hui, une compilation regroupe les génériques des 31 premiers films de Mocky. Il est amusant de s’apercevoir que tous ces compositeurs, avec des formations musicales et des moyens complètement différents, offrent une vision assez similaire du monde farfelu de Mocky. Les mélodies de ses films sont toujours entêtantes et rapidement identifiables, au point qu’on les a rapidement au bout des lèvres pour les siffler. Les musiques de Mocky sont proches du monde de la fanfare comme en témoigne celle du Roi des bricoleurs (1977) de Demarsan ou celle de Y a-t-il un français dans la salle (1982) de Roger Loubet. Les origines polonaises de Mocky ont fait que ses musiques flirtent parfois avec la musique tzigane, empreinte d’une triste nostalgie. La musique de Gérard Calvi pour Les compagnons de la marguerite (1967) et sa collaboration avec Vladimir Cosma en sont de bons exemples. Mais Mocky sait aussi vivre avec son temps puisqu’en 1986, Jacky Giordano compose un titre martelé tout au long de son film La machine à découdre (1986) et qui a abominablement mal vieilli.

Un peu plus complet est le disque publié dans la série Ecouter le cinéma de Stéphane Lerouge consacré aux collaborations entre Mocky et les compositeurs François de Roubaix et Eric Demarsan. Par ses expérimentations musicales et son côté artisanal, De Roubaix correspondait parfaitement à l’univers bordélique et énergique de Mocky. Entre son thème à la guitare, ses cuivres secs et nerveux et le cantique du petit agneau chanté par Bourvil, la musique de La Grande lessive (1968) est à elle-seule un laboratoire musical. Demarsan, autre autodidacte, fait preuve d’inventivité pour les musiques de Mocky en utilisant par exemple de la scie musicale pour le thème de L’Ibis rouge (1975). Pour l’anecdote, Demarsan avait signé un contrat avec Michel Simon sur le tournage de ce film pour lui composer un disque de chansons. Malheureusement, Simon s’est éteint peu après, laissant ce projet à l’abandon.

Récemment, Music box records a eu la très bonne idée de sortir un disque regroupant les quatre musiques de films composées par Gabriel Yared pour Mocky. Lors de leur première rencontre, Mocky a demandé à Yared de lui faire pour son film Agent trouble (1987) une musique à la Maurice Jarre ou à la Bernard Herrmann mais pas trop chère. Grand admirateur du travail d’Herrmann, Yared s’est empressé de lui composer un luxueux thème car Mocky, toujours radin, était  loin d’être fauché après le succès de son film Le Miraculé (1987) et pouvait s’offrir une production plus léchée que d’habitude. Pour Les Saisons du plaisir (1988), grosse farce cochonne un brin bâclée, Yared reforme le Double Six, groupe de jazz vocal tombé dans l’oubli. Mimi Perrin, qui était à l’origine de ce groupe, signe des textes frais et  coquins chantés par le groupe qui vocalise aussi à la manière d’instruments. Pour terminer leur collaboration, Yared et Mocky reviennent au polar avec Noir comme le souvenir (1995).

Grande gueule colérique, Jean-Pierre Mocky est avant tout un amoureux du cinéma et un grand professionnel. Il sait que la musique de film représente 30% de la réussite de celui-ci. Et quand on voit les pépites musicales qui ont jalonné toute sa filmographie, on comprend qu’il sait, quand il le faut, ouvrir ses oreilles et fermer sa grande gueule.

Ecoutez le Cinéma, nouveautés mai 2011

Bonne nouvelle ! Dès le 16 Mai, une nouvelle fournée de nouveautés de la série de Stéphane Lerouge, Ecoutez le Cinéma, arrivera dans les bacs. On avait en effet été un peu déçu du cru 2010 et l’abandon des beaux digipacks pour de vulgaires boitiers cristals  a quelque peu défiguré cette belle collection. Mais ne boudons pas notre plaisir car aucune autre maison de disques française ne peut s’enorgueillir d’une si belle série.

Au programme donc, quatre nouvelles sorties :

Michel Legrand : Suites cinématographiques / Cinéma Suites qui comprendra des raretés du compositeur qui va bientôt fêter ses 80 ans. On pourra découvrir des œuvres sans rythmique, sans soliste et ne flirtant ni avec le jazz, ni avec la variété… car uniquement pour orchestre. On pourra apprécier le talent de symphoniste de Michel Legrand à travers des œuvres méconnues comme un générique non utilisé du film de Robert Altman Prêt à porter mais aussi à travers une suite de quatre mouvements destinée aux Aventures de Don Quichotte. Sont présents aussi The Legend of Simon Conjurer, Sean and Audrey et Destination Zebra Suite.

Le Cinéma de Georges Lautner/ Musiques de Philippe Sarde qui offre une enthousiasmante synthèse de la collaboration entre ce prince de l’humour noir avec les musiques de Sarde. Huit films sont à l’honneur sur ce disque et l’on pourra passer de la partition inédite de La maison assassinée à celles de comédies réussies comme La valise, On aura tout vu et Pas de problème. Les snobs pourront se délecter en écoutant la musique de l’un des pires films avec Jean-Paul Belmondo, Joyeuses Pâques. Les fans d’Alain Delon, eux, pourront se replonger dans l’atmosphère oppressante du thriller raté mais néanmoins fascinant, Les seins de glaces.

Philippe Sarde / Costa Gavras pour la musique de Music Box, La petite apocalypse et des morceaux additionnels qui n’ont jamais été publiés en disque du score de Mad City. Pour la musique de Music Box, Costa Gavras aimait cette idée paradoxale d’engager un compositeur français sur un sujet américain mais aux racines d’Europe Centrale. Sarde compose donc une vaste partition enregistrée à Budapest et à Londres aux sonorités du folklore hongrois. Cette édition est en plus accompagnée d’un entretien avec le metteur en scène.

Maurice Jarre / El Condor-Villa Rides ! Il est étonnant de voir avec quelle aisance Maurice Jarre, lui qui se considérait trop français, a su se fondre avec la musique de film américaine. Le meilleur examen de passage pour faire ses armes à Hollywood est bien évidemment le western. Maurice Jarre, suite à son oscar obtenu pour Docteur Jivago, en a signé pas moins de huit. Stéphane Lerouge nous offre deux scores sur un même disque de deux films pour les nostalgiques de Charles Bronson et Robert Mitchum. La première Pancho Villa n’a jamais été éditée en cd et la seconde, El Condor est totalement inédite.

Il nous reste donc qu’à attendre le 16 Mai et à trouver un disquaire… si cette espèce n’a pas encore totalement disparu.