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‘Les Bérets Verts’ de John Wayne

Putain de guerre ! Voilà ce qu’aurait pu éructer John Wayne en 1945. Pourtant la guerre, il l’a connue de loin. Pendant que tout Hollywood participait activement à l’effort de guerre, John Wayne trouvait toutes les excuses pour ne pas aller voir les choses de plus près. Il enchainait donc tournages sur tournages en renouvelant de nouveaux contrats et prétextait ne pouvoir lâcher sa carrière qui commençait enfin à être sérieusement lancée. Sous les bombes, John Ford savait que Wayne ne viendrait jamais et la figure la plus virile du cinéma américain était bien loin de la personne qui l’incarnait. Wayne a terriblement mal vécu cette ‘désertion’ et Ford prenait un malin plaisir à la lui rappeler devant toute son équipe de tournage jusqu’à le briser. De cette humiliation, Wayne n’a que tenté de rabibocher sa personnalité avec celle des héros qu’il personnifiait. C’est ainsi qu’il est devenu plus royaliste que le Roi, plus militariste que Douglas MacArthur et plus républicain que Lyndon Johnston.

Vingt ans plus tard, lorsque la guerre du Vietnam éclate et embrase les campus universitaires américains, Wayne veut contribuer à l’effort de son pays. Pas fou et comme durant la seconde guerre mondiale, Wayne reste sous le ciel de Californie. Mais en 1968, il coréalise avec Ray Kellog le premier film sur la guerre du Vietnam, Les Bérets Verts. Ce film de propagande ultra-patriotique a fait couler beaucoup d’encre et a créé de vives polémiques à sa sortie. Pour l’anecdote, notre courageuse télévision française a mis vingt ans avant de le diffuser. Mais plus de quarante ans après sa sortie, ces Bérets Verts sentent-ils encore le souffre ?

La réponse est non. Malgré une première demi-heure dans laquelle Wayne nous explique l’impérieuse nécessité d’intervenir au Vietnam, le parfum soi-disant nauséabond de ce film s’est même parfaitement éventé. Les Bérets Verts n’est plus qu’un très bon film de guerre un tantinet désuet. On y voit un Wayne vieillissant mais en grande forme bien qu’une saloperie de crabe commençait à le bouffer. Il est amusant de noter que ce film, de par son intrigue, aurait pu être un très bon western. Pour cela, il suffit juste de remplacer les vietnamiens par des indiens. Ils y sont traités de la même manière.

Tout comme avec ses westerns, John Wayne a travesti l’Histoire. Aujourd’hui, Les Bérets Verts apparaissent plus comme l’œuvre d’un homme de cinéma suffisamment naïf pour penser que le 7e Art peut changer le cours de l’histoire. La réalité n’est décidément pas un monde pour notre Duke.

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