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Frank Sinatra: Moonlight Sinatra (arranged by Nelson Riddle)

La lune est une grande inspiratrice. Poètes, peintres, romanciers, philosophes, réalisateurs, musiciens, tous sont tombés sous l’autorité de ce fascinant satellite. Evidemment, la musique populaire n’a pas échappé à ses fluides envoutants. Pink Floyd a fait une rencontre heureuse en explorant le coté obscur de cet astre. La carrière de David Bowie s’est aussi envolée avec son Major Tom alors que Neil Armstrong y posait un petit pas pour l’Homme et grand pour l’humanité. De son coté, Ozzy Osbourne, le prince des ténèbres, a longtemps aboyé sur elle. Pas rancunière, elle revient régulièrement nous dire bonsoir. Mais la lune peut aussi faire des erreurs puisqu’elle n’a pas éclipsé la demande de Nicolas Sirkis. A 384 400 km de la planète bleue, on capte mal les mugissements d’adolescents attardés. Par contre, sur terre, nos oreilles saignent.

Plus sérieusement, Frank Sinatra a lui aussi voulu rendre un témoignage appuyé à cet astre qui illumine nos nuits, nos cœurs et notre imagination. Qu’importe que la lune soit associée à la folie ou au cycle menstruel de la femme car pour Sinatra elle est avant tout romantique. En 1965, avec la collaboration de Nelson Riddle, il enregistre un concept album, Moonlight Sinatra, entièrement dédié à la lune. Le titre de l’album est en référence à la sonate pour piano N°14  de Ludwig van Beethoven et tous les morceaux de cet album contiennent le mot Moon. Comme à l’accoutumé, les sessions de ce disque se sont déroulées sur seulement deux jours à la fin novembre 1965 sous la lune d’Hollywood. La sortie de ce nouveau disque est prévue chez Reprise début 1966.

Frank Sinatra avec Nelson Riddle

Pendant seulement un petit peu plus d’une demi-heure et sur dix titres, Frank Sinatra chante la lune. Pour notre crooner, la lune est folle mais elle peut aussi être jaune ou se transformer en sérénade. Les arrangements raffinés et vertigineux de Nelson Riddle et son orchestre nous font prendre de la hauteur sur des titres célèbres comme Moonlight serenade de Glenn Miller ou encore Reaching for the moon d’Irving Berlin. Dès Moonlight becomes you, le premier titre, on est catapulté dans les airs pour flotter en orbite dans l’espace. Le voyage sous le commandement Sinatra est plus agréable et mois périlleux que dans les films de Georges Méliès ou les livres de Jules Verne. D’humeur exaltée et passionnée, Sinatra nous fait assister à un ensorcelant clair de lune qui évoque bien évidemment l’amour mais aussi les vents, les océans et les marées.

Moonlight Sinatra est un album idéal pour nous mettre d’humeur céleste et faire fuir mauvais esprits et autre loups garous. Ce disque donne envie de croquer dans un croissant de lune et de se recroqueviller dans les bras de sa bien-aimée lorsque la nuit est encore jeune.

Paul McCartney amoureux…Kisses On The Bottom

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Paul McCartney ? Couvert de récompenses, fraichement marié à une nouvelle femme et avec un compte en banque digne de plusieurs cagnottes de l’euro million, on peut se demander comment fait notre Paulo pour rester aussi jeune à 70 ans. La réponse peut être paradoxale mais elle est pourtant évidente. Son secret ? …Paul McCartney est né vieux. En effet, dès ses 16 ans, il a tout de suite composé une chanson où il se rêvait à un an de la retraite, When I’m sixty four. Retraite qu’il ne connaitra d’ailleurs jamais puisqu’à la place, il a choisi de vivre soixante ans de vacances studieuses.

Avec son nouvel album, Kisses on the bottom, McCartney nous offre un bel échantillon des mélodies américaines dans lesquelles enfant, il baignait. Avec la participation d’Eric Clapton, de Stevie Wonder et soutenu par un superbe groupe avec Diana Krall au piano, McCartney revisite de nombreux standards oubliés en s’offrant le luxe de ne toucher pratiquement à aucun instrument pour n’y poser que le timbre de sa voix. Cet album, loin de la pop et du rock auquel il nous a habitué, n’est pourtant pas un ovni dans sa carrière. En effet, il a toujours eu l’habitude de glisser, dans ses disques solos ou avec les Beatles et les Wings, des mélodies désuètes fleurant bon une ambiance jazzy. Kisses on the bottom ne déroge pas à la règle puisque McCartney inclus un titre de sa propre composition, My valentine, au milieu de morceaux signés par Billy Hill ou l’incontournable Irving Berlin. Dans la version collector de Kisses on the bottom, McCartney pousse le vice jusqu’à se reprendre lui-même avec l’excellent Baby’s request. Titre que l’on trouvait sur Back to the egg (1979) des Wings et qui apaisait le coté rock et ravageur de cet album.

Produit par TommyLiPuma (Miles Davis, Al Jarreau, George Benson) et enregistré entre New-York et Los Angeles, Kisses on the bottom est un album au son luxueux. Avec sa superbe pochette, ses magnifiques photos, ses cartes postales, ses bonus à télécharger et son riche livret, le packaging est à la hauteur de la production léchée de cet album. Lumières tamisées et ambiance feutrée, Kisses on the bottom se déguste admirablement avec une bonne bouteille de vin en compagnie de sa bien-aimée et montre à quel point McCartney est vraiment un grand chanteur.

 Et pour les baisers …why don’t we do them on the bottom?