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Un Bonheur n’arrive jamais seul, film de James Huth

Lui, c’est Sacha (Gad Elmaleh). Sa vie c’est son piano, ses potes, sa boite de jazz dans laquelle il joue tous les soirs. A plus de quarante ans, Sacha vit comme un étudiant et ses amours se résument à juste une nuit dans les bras d’une étudiante. Sacha ne vit que pour l’instant présent et ne pense jamais aux lendemains. Elle, c’est Charlotte (Sophie Marceau). Une vie bourgeoise, deux mariages, trois enfants et une fondation d’Art contemporain à gérer. Elle ne vit plus avec son dernier mari mais c’est le prix à payer pour conserver la garde de ses enfants. Sacha, éternel adolescent détestant les enfants, n’aurait jamais du rencontrer Charlotte. Charlotte, femme mure et femme d’argent n’aurait jamais du rencontrer Sacha. Mais le hasard en a décidé autrement et Sacha et Charlotte vont vivre une grande histoire d’amour dans laquelle ils devront accorder leurs violons avant de pouvoir nager dans le bonheur.

C’est avec un sujet aussi révolutionnaire que James Huth (Brice de Nice, Hellphone) tente de redonner des lettres de noblesses à la comédie romantique en réalisant Un bonheur n’arrive jamais seul. Sophie Marceau et Gad Elmaleh ont été les heureux élus pour tenir sur leurs épaules cette histoire à l’eau de rose. Casting pas si idiot quand on sait que Sophie Marceau a su finalement bien capitaliser son rôle de Vic dans La Boum (1980). En effet, même si Un bonheur n’arrive jamais seul n’est pas une suite directe du film de Claude Pinoteau, le spectateur a toujours l’impression de voir la petite Vic grandir. Le pari de James Huth est donc de placer son nouveau film dans la continuité de L’Étudiante (1988) et de Lol (2009). De l’autre côté, comment ne pas réussir son film quand Gad Elmaleh, personnalité préférée des français, donne la réplique à Sophie Marceau ?

Lors d’un clash entre Sophie Marceau et Jean-Marie LePen en 2008, ce dernier avait rétorqué que « cette petite péronnelle cultive le navet avec assez de réussite ». En voyant Un bonheur n’arrive jamais seul, on ne peut donner tort à l’ancien leader frontiste en s’apercevant qu’il aurait été un bien meilleur critique de cinéma qu’homme politique. En effet, le bonheur ne respire jamais dans cette comédie. On se demande si un jour le cinéma français attrapera le rythme des comédies américaines de Capra, Lubitsch et Wilder qui ont inventé la grammaire très stricte des comédies sentimentales. Ces comédies avaient des dialogues ciselés qui fusaient que l’on ne retrouve à aucun moment dans le film de Huth. En bon flemmard, le réalisateur accumule les plans sur les yeux pétillants et les dents blanches des acteurs principaux au lieu d’inventer des situations surprenantes et d’écrire des dialogues craquants. Dans Un bonheur n’arrive jamais seul, on passe d’un cliché à un autre et le spectateur passe rapidement en vitesse de croisière. Afin de ne pas nous brusquer, Gad Elmaleh refait ses shows à l’écran comme si passer de la scène à l’écran ne faisait aucune différence. Nos deux amoureux sont en plus épaulés par une galerie de seconds rôles insignifiants et prévisibles. François Berléand ne se décarcasse pas trop à faire du François Berléand et Maurice Barthélemy, réalisateur du catastrophique Low Cost (2011), nous montre qu’on peut être aussi mauvais derrière que devant la caméra.

Mais ne soyons pas trop méchant. Tout n’est pas à jeter dans Un bonheur n’arrive jamais seul car Sophie Marceau est belle. Sophie Marceau vieillit vraiment bien. Sophie Marceau a des fesses sublimes. Et comme le chantaient Julien Clerc et Alain Souchon, Sophie Marceau a des seins magnifiques. Espérons que pour ses prochains films elle fera de bons choix et ne donnera pas raison à un homme politique qu’elle méprise.

Midnight in Paris, ou comment Woody endort la ville

Lorsque l’on voit la gueule déconfite de Woody Allen sous le soleil de Californie dans l’excellent Annie Hall, on comprend que notre binoclard vit mal le fait de quitter New-York. D’ailleurs, n’a-t-il pas réalisé l’un des plus beaux cris d’amour pour cette ville avec Manhattan ? Woody semble définitivement marié avec New-York mais depuis 2005, il prend un étrange plaisir à tromper sa ville de prédilection avec des capitales européennes. Match Point a été un heureux adultère avec Londres. Ses sauteries anglaises suivantes avec Scoop et Le rêve de Cassandre ont été bien moins jouissives. Puis Woody a trainé sa caméra du côté de Barcelone pour revenir à Londres et enfin la poser dans notre capitale pour réaliser Midnight in Paris avec Owen Wilson.

De tout temps, Paris a toujours attiré les artistes américains et Woody Allen, que certains qualifient comme le plus européen des réalisateurs américains, se fond dans notre capitale pour son dernier film. Dès le début de Midnight in Paris, on comprend que la vision américaine de Woody Allen sur la plus belle ville du monde n’a malheureusement rien d’original. Le générique du film est une succession de plans vus et revus de Paris. En voyant ses images, qu’un air de jazz peine à faire swinguer, on a la triste impression de se trouver devant un étalage de cartes postales fadasses que l’on aurait honte d’envoyer à des amis.

Après cette laborieuse entrée en matière, on découvre un jeune couple d’américains préparant leur mariage. On sent poindre un désaccord entre eux puisque lui (Owen Wilson), scénariste hollywoodien frustré de ne pas être un écrivain, rêve de s’installer à Paris pour écrire son œuvre alors que sa future épouse (Rachel McAdams), accompagnée de ses parents, trouve ce projet totalement farfelu. Ce jeune couple en rencontre un autre dont le mari est une soi-disant sommité de culture. Owen Wilson, singeant admirablement le Woody Allen des années 70, ne supporte plus cet hurluberlu pédant que même sa future femme encense. Il trouve alors tous les prétextes pour prendre la poudre d’escampette et en profite pour aller se balader la nuit dans les rues de Paris. Un soir, il monte dans une vieille voiture et se retrouve catapulté dans le Paris qu’il fantasme, celui des années 20, aux cotés de ses idoles : Cole Porter, Ernest Hemingway, Scott et Zelda Fitzgerald, Picasso et tant d’autres.

Le coup du héros catapulté dans une autre dimension, Woody Allen nous l’avait déjà fait avec un immense talent dans La Rose pourpre du CaireMia Farrow traversait l’écran d’une salle de cinéma pour se retrouver dans le film qu’elle était en train de voir. Mais si la sauce prenait dans ce film, elle ne prend définitivement pas dans Midnight in Paris. En effet, au lieu de donner un nouvel éclairage sur le couple Fitzgerald, Allen se contente de recracher sans saveur tous les clichés que l’on colporte à leurs sujets depuis des lustres. Le personnage d’Hemingway est juste caricatural et les dialogues, surement écris à la va-vite, sonnent faux et frôlent le grotesque. Oui, bizarrement, ce film ne nous fait pas travailler les zygomatiques. Toutes les situations sont déjà vues et prévisibles comme si, à 75 ans, Woody Allen commençait à furieusement radoter. La magie de Paris a pourtant eut un impact merveilleux sur d’autres réalisateurs américains comme Vincente Minnelli ou John Huston mais Allen est incapable de faire vivre, de sentir et de filmer Paris. Woody Allen s’empêtre donc à nous proposer juste une succession de personnages sans saveur, joués par des acteurs trop contents de se retrouver dans un film du grand réalisateur et qui ne s’aperçoivent pas qu’ils pataugent dans un navet. Défilent ainsi dans ce Paris mort Gad Elmaleh, Léa Seydoux, Marion Cotillard ou encore Carla Bruni dont les apparitions n’apportent rien à cette intrigue cousue de fils blancs et où la magie n’opère jamais.

Heureusement qu’il nous restera donc toujours les livres de Scott Fitzgerald, d’Hemingway ou de Dos Passos et tant d’autres témoignages pour nous faire replonger avec talent dans ces affolantes et tumultueuses années que Woody Allen s’est contenté d’effleurer comme un vulgaire touriste. Avec un film aussi plat et en repensant aux chefs d’œuvres dont il a été capable, Woody Allen nous montre que même concernant son œuvre, c’était aussi mieux avant.