Archives de Tag: Francis Scott Fitzgerald

Le Crépuscule des Stars, Robert Bloch (1957)

Profitant de l’engouement autour du film de Michel Hazanavicius, The Artist, les éditions Rivages Noir ont eu l’excellente idée de rééditer le roman de Robert Bloch, Le Crépuscule des Stars (1957). Toutes les décennies, un courageux éditeur français tente de faire découvrir ce magnifique livre sur le cinéma muet en se cassant les dents puisque cet ouvrage n’a malheureusement jamais rencontré son public. Ou plutôt, c’est le public de Robert Bloch, auteur de romans de terreur tels que le célèbre Psychose, qui n’a jamais retrouvé son auteur de prédilection dans cette grande histoire d’amour qu’est Le Crépuscule des Stars.

Dans sa plus tendre enfance, Robert Bloch a été marqué par le cinéma muet. Ses rêves étaient hantés par la figure terrifiante de Lon Chaney, les formes envoutantes de Gloria Swanson, le romantisme de Rudolph Valentino et il se prenait à rire devant les frasques de Keaton, Chaplin et Harold Lloyd. Le Crépuscule des Stars est donc un cri d’amour sur un Hollywood fantasmé et à jamais disparu.

Ce roman raconte la destinée d’un jeune orphelin, Tom Post, qui rêve de se faire une place à Hollywood. Partant du simple poste de responsable des intertitres des films, on suit Tom Post dans son ascension vertigineuse au sein des studios Coronet. Tom Post comprend rapidement que dans ce monde factice qu’est Hollywood, il faut s’inventer un personnage pour se faire remarquer et donc réussir. Tom Post, tellement happé par le cinéma, préfère remplacer la réalité par celui-ci. Tout comme François Truffaut, il fait partie de ces gens qui pensent que tout est plus beau à l’écran. Il n’hésitera donc pas à se transformer en véritable tyran afin de façonner un quotidien parfait. En petit Charles Foster Kane, il y laissera lui aussi sa vie, ses rêves et son amour. Robert Bloch décrit parfaitement les fondations fragiles et factices de cette nouvelle et improbable Mecque qui rayonne bien plus que tous lieux saints durant le vingtième siècle. Hollywood apparait comme un mirage peuplé d’immigrés qui s’inventent un passé en étant prêts à tout pour croquer leur part du gâteau et ainsi participer au rêve américain.

Robert Bloch

Le Crépuscule des Stars commence à l’apogée du cinéma muet en 1922 et se termine en 1929, lorsque tout ce beau monde se retrouve englouti par la crise économique et l’avènement du parlant. Tout comme dans The Artist, cette description clinique de la mort d’une industrie et d’un modèle économique résonne très fortement aujourd’hui dans nos consciences. On ne peut s’empêcher de penser en parallèle à ce que subissent de nos jours les mondes du disque et du cinéma, bouleversés par l’irruption d’Internet.

Comme dans toute tragédie, Le Crépuscule des Stars offre son lot de chagrin, de morts et de laissés-pour-compte dans cet étrange polar. Robert Bloch voulait donner deux suites à ce roman pour couvrir toute l’histoire du cinéma jusqu’à l’apparition de la télévision. La confidentialité de ce livre n’offrira jamais à l’auteur l’occasion d’écrire ces romans.

Le Crépuscule des Stars fait donc partie de ces grands romans hollywoodiens que l’on range aux côtés de ceux de John O’Hara, Nathanael West, Budd Shulberg et Francis Scott Fitzgerald.

Mais Robert Bloch n’abandonnera pas complètement Tom Post puisqu’il le fera revivre dans son livre Psychose 2 (1982). On le voit tenir un motel minable, vivant misérablement avec ses fantômes du cinéma muet. Bloch devait être tellement attaché à ce bon Tom Post que ce dernier sera finalement épargné par la folie meurtrière du détraqué Norman Bates.

Midnight in Paris, ou comment Woody endort la ville

Lorsque l’on voit la gueule déconfite de Woody Allen sous le soleil de Californie dans l’excellent Annie Hall, on comprend que notre binoclard vit mal le fait de quitter New-York. D’ailleurs, n’a-t-il pas réalisé l’un des plus beaux cris d’amour pour cette ville avec Manhattan ? Woody semble définitivement marié avec New-York mais depuis 2005, il prend un étrange plaisir à tromper sa ville de prédilection avec des capitales européennes. Match Point a été un heureux adultère avec Londres. Ses sauteries anglaises suivantes avec Scoop et Le rêve de Cassandre ont été bien moins jouissives. Puis Woody a trainé sa caméra du côté de Barcelone pour revenir à Londres et enfin la poser dans notre capitale pour réaliser Midnight in Paris avec Owen Wilson.

De tout temps, Paris a toujours attiré les artistes américains et Woody Allen, que certains qualifient comme le plus européen des réalisateurs américains, se fond dans notre capitale pour son dernier film. Dès le début de Midnight in Paris, on comprend que la vision américaine de Woody Allen sur la plus belle ville du monde n’a malheureusement rien d’original. Le générique du film est une succession de plans vus et revus de Paris. En voyant ses images, qu’un air de jazz peine à faire swinguer, on a la triste impression de se trouver devant un étalage de cartes postales fadasses que l’on aurait honte d’envoyer à des amis.

Après cette laborieuse entrée en matière, on découvre un jeune couple d’américains préparant leur mariage. On sent poindre un désaccord entre eux puisque lui (Owen Wilson), scénariste hollywoodien frustré de ne pas être un écrivain, rêve de s’installer à Paris pour écrire son œuvre alors que sa future épouse (Rachel McAdams), accompagnée de ses parents, trouve ce projet totalement farfelu. Ce jeune couple en rencontre un autre dont le mari est une soi-disant sommité de culture. Owen Wilson, singeant admirablement le Woody Allen des années 70, ne supporte plus cet hurluberlu pédant que même sa future femme encense. Il trouve alors tous les prétextes pour prendre la poudre d’escampette et en profite pour aller se balader la nuit dans les rues de Paris. Un soir, il monte dans une vieille voiture et se retrouve catapulté dans le Paris qu’il fantasme, celui des années 20, aux cotés de ses idoles : Cole Porter, Ernest Hemingway, Scott et Zelda Fitzgerald, Picasso et tant d’autres.

Le coup du héros catapulté dans une autre dimension, Woody Allen nous l’avait déjà fait avec un immense talent dans La Rose pourpre du CaireMia Farrow traversait l’écran d’une salle de cinéma pour se retrouver dans le film qu’elle était en train de voir. Mais si la sauce prenait dans ce film, elle ne prend définitivement pas dans Midnight in Paris. En effet, au lieu de donner un nouvel éclairage sur le couple Fitzgerald, Allen se contente de recracher sans saveur tous les clichés que l’on colporte à leurs sujets depuis des lustres. Le personnage d’Hemingway est juste caricatural et les dialogues, surement écris à la va-vite, sonnent faux et frôlent le grotesque. Oui, bizarrement, ce film ne nous fait pas travailler les zygomatiques. Toutes les situations sont déjà vues et prévisibles comme si, à 75 ans, Woody Allen commençait à furieusement radoter. La magie de Paris a pourtant eut un impact merveilleux sur d’autres réalisateurs américains comme Vincente Minnelli ou John Huston mais Allen est incapable de faire vivre, de sentir et de filmer Paris. Woody Allen s’empêtre donc à nous proposer juste une succession de personnages sans saveur, joués par des acteurs trop contents de se retrouver dans un film du grand réalisateur et qui ne s’aperçoivent pas qu’ils pataugent dans un navet. Défilent ainsi dans ce Paris mort Gad Elmaleh, Léa Seydoux, Marion Cotillard ou encore Carla Bruni dont les apparitions n’apportent rien à cette intrigue cousue de fils blancs et où la magie n’opère jamais.

Heureusement qu’il nous restera donc toujours les livres de Scott Fitzgerald, d’Hemingway ou de Dos Passos et tant d’autres témoignages pour nous faire replonger avec talent dans ces affolantes et tumultueuses années que Woody Allen s’est contenté d’effleurer comme un vulgaire touriste. Avec un film aussi plat et en repensant aux chefs d’œuvres dont il a été capable, Woody Allen nous montre que même concernant son œuvre, c’était aussi mieux avant.