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Verboten! de Samuel Fuller

Lorsque Samuel Fuller revient de la guerre, il n’a qu’une envie, lâcher son boulot de journaliste et passer à la réalisation. Marqué à vie en tant qu’ancien soldat dans la célèbre infanterie de ‘Big Red One’, Fuller n’aura qu’une obsession, mettre en image le merdier dans lequel il était embourbé. Pour cela, il alternera polar (Le port de la drogue, Les bas-fonds de New-York) et les westerns (Le jugement des flèches, Quarante tueurs) pour exorciser ses démons dans des films de guerre. A ce jour, son film le plus acclamé, Au-delà de la gloire, tient terriblement bien le choc face à des films plus récents  tels que La Ligne Rouge, Hamburger Hill ou encore Full Metal Jacket.

Moins connu est son Verboten ! (stupidement traduit en français en Ordres secrets aux espions nazis). Verboten ! (1958)  traite de cette interdiction des soldats américains de coucher avec des allemandes durant l’occupation de l’armée yankee dans une Allemagne ruinée et dévastée. La dénazification est un thème peu traité par Hollywood. Alors que Billy Wilder l’aborde avec beaucoup d’humour, d’amour et d’humanité dans La Scandaleuse de Berlin (1948), Fuller, sans manquer de finesse, la traite d’une manière bien plus journalistique. L’intrigue tourne évidement autour d’un amour impossible entre une allemande (Susan Cummings) et un soldat américain (James Best). Couple improbable autour duquel gravite un mouvement de rébellion nazie pour abuser des avantages dont jouit l’américain. Fuller montre scrupuleusement la tâche ardue, voire impossible, d’une armée américaine devant reconstruire un pays qui n’est pas le leur. La situation de l’Allemagne de cette époque est tellement extraordinaire par sa précarité que les américains n’ont d’autre choix que de se faire aider par d’anciens nazis comme pour déminer des zones sensibles. Pour Fuller, personne n’est tout blanc ou tout noir et nous sommes loin de la vision manichéenne d’un John Wayne dans ses Bérets Verts. Les femmes allemandes sont prêtes à tout pour coucher avec des américains qui sont synonymes de mine d’or et d’anciens soldats allemands refusent de se faire coloniser par cette armée américaine.

Pour donner plus de véracité à son film, Fuller insert des images d’archives. Images violentes et abominables de corps décharnés sortant des camps que l’on a rarement l’occasion de voir dans du cinéma hollywoodien. Les scènes de combat au début du film, accompagnées par la musique de Beethoven et les walkyries de Wagner, bien avant Apocalyspe Now, sont saisissantes.  En apothéose, Fuller termine son film sur le procès de Nuremberg et un montage parallèle terriblement habile entre un plan sur les yeux d’un jeune allemand incrédule avec des images des horreurs de la guerre. Cette scène rappelle étrangement un procédé que Vincente Minnelli utilisera quatre ans plus tard dans Les Quatre Cavaliers de L’Apocalypse en utilisant le regard effaré de Glenn Ford.

‘Les Bérets Verts’ de John Wayne

Putain de guerre ! Voilà ce qu’aurait pu éructer John Wayne en 1945. Pourtant la guerre, il l’a connue de loin. Pendant que tout Hollywood participait activement à l’effort de guerre, John Wayne trouvait toutes les excuses pour ne pas aller voir les choses de plus près. Il enchainait donc tournages sur tournages en renouvelant de nouveaux contrats et prétextait ne pouvoir lâcher sa carrière qui commençait enfin à être sérieusement lancée. Sous les bombes, John Ford savait que Wayne ne viendrait jamais et la figure la plus virile du cinéma américain était bien loin de la personne qui l’incarnait. Wayne a terriblement mal vécu cette ‘désertion’ et Ford prenait un malin plaisir à la lui rappeler devant toute son équipe de tournage jusqu’à le briser. De cette humiliation, Wayne n’a que tenté de rabibocher sa personnalité avec celle des héros qu’il personnifiait. C’est ainsi qu’il est devenu plus royaliste que le Roi, plus militariste que Douglas MacArthur et plus républicain que Lyndon Johnston.

Vingt ans plus tard, lorsque la guerre du Vietnam éclate et embrase les campus universitaires américains, Wayne veut contribuer à l’effort de son pays. Pas fou et comme durant la seconde guerre mondiale, Wayne reste sous le ciel de Californie. Mais en 1968, il coréalise avec Ray Kellog le premier film sur la guerre du Vietnam, Les Bérets Verts. Ce film de propagande ultra-patriotique a fait couler beaucoup d’encre et a créé de vives polémiques à sa sortie. Pour l’anecdote, notre courageuse télévision française a mis vingt ans avant de le diffuser. Mais plus de quarante ans après sa sortie, ces Bérets Verts sentent-ils encore le souffre ?

La réponse est non. Malgré une première demi-heure dans laquelle Wayne nous explique l’impérieuse nécessité d’intervenir au Vietnam, le parfum soi-disant nauséabond de ce film s’est même parfaitement éventé. Les Bérets Verts n’est plus qu’un très bon film de guerre un tantinet désuet. On y voit un Wayne vieillissant mais en grande forme bien qu’une saloperie de crabe commençait à le bouffer. Il est amusant de noter que ce film, de par son intrigue, aurait pu être un très bon western. Pour cela, il suffit juste de remplacer les vietnamiens par des indiens. Ils y sont traités de la même manière.

Tout comme avec ses westerns, John Wayne a travesti l’Histoire. Aujourd’hui, Les Bérets Verts apparaissent plus comme l’œuvre d’un homme de cinéma suffisamment naïf pour penser que le 7e Art peut changer le cours de l’histoire. La réalité n’est décidément pas un monde pour notre Duke.