Archives de Catégorie: Musique

Paul McCartney amoureux…Kisses On The Bottom

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Paul McCartney ? Couvert de récompenses, fraichement marié à une nouvelle femme et avec un compte en banque digne de plusieurs cagnottes de l’euro million, on peut se demander comment fait notre Paulo pour rester aussi jeune à 70 ans. La réponse peut être paradoxale mais elle est pourtant évidente. Son secret ? …Paul McCartney est né vieux. En effet, dès ses 16 ans, il a tout de suite composé une chanson où il se rêvait à un an de la retraite, When I’m sixty four. Retraite qu’il ne connaitra d’ailleurs jamais puisqu’à la place, il a choisi de vivre soixante ans de vacances studieuses.

Avec son nouvel album, Kisses on the bottom, McCartney nous offre un bel échantillon des mélodies américaines dans lesquelles enfant, il baignait. Avec la participation d’Eric Clapton, de Stevie Wonder et soutenu par un superbe groupe avec Diana Krall au piano, McCartney revisite de nombreux standards oubliés en s’offrant le luxe de ne toucher pratiquement à aucun instrument pour n’y poser que le timbre de sa voix. Cet album, loin de la pop et du rock auquel il nous a habitué, n’est pourtant pas un ovni dans sa carrière. En effet, il a toujours eu l’habitude de glisser, dans ses disques solos ou avec les Beatles et les Wings, des mélodies désuètes fleurant bon une ambiance jazzy. Kisses on the bottom ne déroge pas à la règle puisque McCartney inclus un titre de sa propre composition, My valentine, au milieu de morceaux signés par Billy Hill ou l’incontournable Irving Berlin. Dans la version collector de Kisses on the bottom, McCartney pousse le vice jusqu’à se reprendre lui-même avec l’excellent Baby’s request. Titre que l’on trouvait sur Back to the egg (1979) des Wings et qui apaisait le coté rock et ravageur de cet album.

Produit par TommyLiPuma (Miles Davis, Al Jarreau, George Benson) et enregistré entre New-York et Los Angeles, Kisses on the bottom est un album au son luxueux. Avec sa superbe pochette, ses magnifiques photos, ses cartes postales, ses bonus à télécharger et son riche livret, le packaging est à la hauteur de la production léchée de cet album. Lumières tamisées et ambiance feutrée, Kisses on the bottom se déguste admirablement avec une bonne bouteille de vin en compagnie de sa bien-aimée et montre à quel point McCartney est vraiment un grand chanteur.

 Et pour les baisers …why don’t we do them on the bottom?

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1 Chance sur 2: Musique d’Alexandre Desplat

On se souvient tous de cette excellente couverture de Paris Match montrant le tandem Belmondo-Delon sautant en smoking sur un trampoline. En plein festival du Cinéma, la légende de la photo était sans appel : « Cannes, on n’en a rien à cirer… ». En effet, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo ne se trouvaient pas bien loin de la Croisette en ce mois de mai 1997. Ils étaient à Monaco en train de tourner ensemble leur premier film depuis Borsalino (1971). Probablement à bout de souffle, le jury du festival cannois n’a pas cru bon d’inviter M. Klein et Pierrot le fou. Qu’importe, après tout, nos deux grands monstres du cinéma français n’ont  vraiment plus rien à prouver depuis  bien longtemps.

Mais même s’ils n’ont plus rien à démontrer, l’héritage que laissent Belmondo et Delon au cinéma français reste colossal. C’est avec cet encombrant héritage que Patrice Leconte doit composer le retour des deux acteurs en réalisant 1 chance sur 2. Le producteur Christian Fechner n’a pas lésiné sur les moyens pour cette comédie policière. Cascades, fusillades, poursuites de voitures, explosions, yacht et hélicoptère sont au rendez-vous pour assurer le grand spectacle. Pour pimenter le tout, Delon et Belmondo se chamailleront la paternité de l’adorable Vanessa Paradis et s’uniront  pour combattre une mafia russe qui gangrène notre beau pays.

Le postulat de Patrice Leconte (Les bronzés, M. Hire) est simple, il faut offrir aux spectateurs un grand spectacle avec énormément d’humour sans que l’héritage Belmondo-Delon plombe l’intrigue. Le mot d’ordre est donc le décalage. Pour arriver à cette idée de second degré, la musique du film doit  aussi suivre cette ligne directrice. Le compositeur Alexandre Desplat (The Tree of life, Le Discours d’un Roi) est très tôt impliqué dans l’élaboration du film. Pour lui aussi l’héritage des musiques de François De Roubaix, Claude Bolling, Philippe Sarde et Georges Delerue pèse sur ses épaules. Mais le jeune Desplat a déjà su faire preuve de sa virtuosité avec la musique du film de Jacques Audiard, Un héros très discret. Et de l’humour, il en a à revendre car n’est-ce pas lui qui a composé, une décennie plus tôt, l’hilarant tube d’Eric Moreno, Oh ! Mon bateau ?

Alexandre Desplat est tout de suite invité à rejoindre Patrice Leconte sur le plateau du tournage. Le réalisateur et le compositeur travaillent au jour le jour et Desplat envoie des maquettes très élaborées d’idées de thèmes musicaux. Cela donne très vite une notion précise à Patrice Leconte de comment sonnera son film. Desplat compose une musique riche couvrant toutes les émotions présentes dans le film comme l’aventure, la comédie, la tendresse et l’action pure. Mais surtout, Desplat évite soigneusement les pièges et les facilités que peut lui offrir un film avec un tel casting. Le compositeur se met en danger et ne prend pas le parti du clin d’œil, de la drôlerie et du score symphonique traditionnel.

En enregistrant pourtant avec le très classique Royal Philharmonic Orchestra, Alexandre Desplat casse les codes conventionnels en introduisant des boucles de jungle, des percussions, des samples et même du cymbalum sur trente deux pistes supplémentaires. Ces audacieuses innovations apportent un souffle de modernité dans la musique de ce film et surtout correspond à l’idée de décalage que veut insuffler Patrice Leconte. En prenant le pari audacieux de diriger lui-même les quatre-vingt musiciens de l’orchestre, Desplat livre une musique intelligente, iconoclaste et surtout très musclée faisant la part belle aux cuivres et aux cordes avec pas moins de dix violoncelles et huit contrebasses.

Au final, la musique d’Alexandre Desplat colle parfaitement aux images du film et donne un coup de jeune à Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Leconte sait parfaitement que la réussite de son film ne peut se faire qu’avec celle de sa musique. Avec à peine un million d’entrées, le succès escompté par le producteur Christian Fechner pour 1 Chance sur 2 n’est pourtant pas au rendez-vous. La faute à qui ? A personne de ce film en tout cas. Espérons que ce film léger et sans prétention trouve un jour un autre public en devenant culte.

1 Chance sur 2 : Musique Originale d’Alexandre Desplat interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra. BMG France/ RCA Victor (ref 7432150422). 1998

The Golden Child ou comment John Barry n’est plus l’enfant sacré

95 musiciens, une semaine d’enregistrement dans le prestigieux studio de la Paramount, plus de quatre-vingt minutes d’une musique symphonique écrite en six semaines par un compositeur fraîchement oscarisé et le tout… balancé à la poubelle en moins d’une minute. Voici la triste histoire qui arriva à John Barry en 1986 lorsqu’il accepta de signer la musique du film de Michael Ritchie, The Golden Child.

On a du mal à le croire, mais en 1985, l’enfant prodige d’Hollywood s’appelle Eddie Murphy. Son Flic de Beverly Hills a fait l’exploit de devancer des films tels que les Gremlins, Indiana Jones et le temple maudit et Ghostsbusters au box-office. A 24 ans, Murphy doit pérenniser son succès et trouver le film qui puisse lui permettre de ne pas dégringoler du sommet. Son choix se tourne vers un grand film d’aventure, The Golden Child. Pour ce film, il abandonne les films policiers et les comédies et se retrouve embarqué dans des péripéties truffées d’effets spéciaux entre le Tibet et Los Angeles. Au péril de sa vie, il va devoir sauver l’enfant sacré du Tibet et l’aider à éliminer un démon qui veut détruire le monde.

Le studio Paramount met les moyens en flambant un budget de 25 millions de dollars pour cette super production. Michael Ritchie (Votez McKay, Carnage), en bon technicien, est à la réalisation pour ce film familial. Alan Silvestri (Retour vers le futur, A la poursuite du diamant vert) est le premier compositeur à être sollicité pour composer la musique du film. Mais la Paramount préfère jouer la sécurité et le classicisme en engageant John Barry. Ce dernier vient tout juste de remporter un oscar pour la musique de Out of Africa et on connait sa facilité à mettre en musique les aventures exotiques de James Bond.

Malgré un cours laps de temps pour composer la musique du film, John Barry livre à la Paramount une heure vingt de musique. Le film faisait, dans son premier montage, un peu plus de deux heures. A seulement quelques semaines de sa sortie, des projections tests ont été effectuées sur un panel de spectateurs. Les réactions sont plus que mitigées. Le film est tout d’abord trop long et les spectateurs ne retrouvent pas le Eddie Murphy drôle qu’ils avaient l’habitude de voir. Pas moins de quarante minutes sont coupées de ce premier montage et des scènes à caractère comique sont rapidement retournées. Mais le plus gros souci vient de la musique. John Barry a composé une musique majestueuse, au tempo assez lent et parfois mélancolique qui colle admirablement aux paysages du film mais alourdi l’action et ne correspond vraiment pas à la personnalité d’Eddie Murphy. Ce dernier n’a évidemment ni la classe, ni l’élégance d’un Roger Moore et d’un Robert Redford et la délicatesse musicale d’un John Barry ne lui correspond pas. On ne confond pas les torchons et les serviettes. D’ailleurs, la musique synthétique et sautillante du Flic de Beverly Hills ne colle-t-elle pas admirablement aux laborieuses grimaces d’Eddie Murphy ?

L’erreur de casting est donc cuisante. Il est indéniable que John Barry n’a pas su saisir ce film. Peut-être, et pour la première de sa vie, ce génial compositeur n’est plus en phase avec une nouvelle génération d’acteurs. Suite au nouveau montage, Paramount demande à John Barry de recomposer un nouveau score. Celui-ci vexé et probablement blessé, leur claque la porte au nez.

Catastrophe ! A quelques mois de sa sortie en salle, The Golden Child est un film sans musique. Le compositeur français Michel Colombier (L’alpagueur, Purple Rain) est recruté d’urgence. En deux semaines, Colombier réussit l’exploit d’enregistrer une nouvelle musique avec un orchestre de 67 musiciens. Mais, pour répondre à la demande de Paramount, l’orchestre est mixé très en retrait pour mettre en avant le son des guitares électriques,  des batteries et surtout des synthétiseurs afin d’être en phase avec les productions pop du moment. A la sortie du film, il ne reste de la musique de John Barry plus qu’un morceau symphonique et le titre, The best man in the world, chanté par Ann Wilson.

Mais grâce au label californien La La Land, tout n’a pas été perdu. Cette maison de disques vient de sortir l’intégralité des musiques composées autour de The Golden Child dans un magnifique coffret triple Cds édité à seulement cinq mille exemplaires. Comme en 1986, nos oreilles sont maltraitées à l’écoute des tubes de Ratt, Martha Davis ou Marlon Jackson que l’on trouvait sur l’édition vinyle de cette bande originale. Malgré toute la compassion que l’on peut avoir pour les épouvantables conditions de travail dans lesquelles Michel Colombier à sorti cette musique, on est vite fatigué par ses guitares funky, ses grand coups de caisses claires et de cuivres qui sonnent très Phil Collins. Ce score facile et malgré tout efficace a abominablement mal vieilli. Quant à la musique si classique de John Barry, dont la plupart des morceaux n’ont même pas eu le temps d’avoir un titre,  elle n’a pas pris une ride.

Même si les musiques de Michel Colombier et John Barry ont été composées pour accompagner toutes deux The Golden Child, on se demande s’ils ont vu le même film. Colombier a en tout cas vu juste et contribue au succès immédiat du film. En appréhendant le film de manière plus sérieuse et dramatique, John Barry a fait un magnifique hors sujet. On reste néanmoins soulagés de ne pas voir la musique du Maître associée aux dialogues d’Eddie Murphy dont je vous laisse savourer le raffinement : « Je rame merde ! J’te ramerais dans le cul moi quand… Oui, mec, un grand coup de rame dans le cul, attends voir, tu la vois cette rame, je vais t’empaler dessus, elle te sortira par les trous de nez ! ».

Finalement, c’est une très bonne chose qu’Eddie Murphy et John Barry ne se soient jamais trouvés un fauteuil pour deux.

Amityville ou la revanche de Lalo Schifrin

En signant la musique d’Amityville, la maison du diable (1979), Lalo Schifrin doit bien avoir derrière la tête l’idée de prendre sa revanche sur sa violente éviction par William Friedkin du film L’exorciste (1973). Schifrin ne s’est, en effet, jamais remis d’un Friedkin éructant la bave aux lèvres en hurlant : « On dirait ces putains de marimbas mexicaines ; je hais la putain de musique mexicaine ». L’emportement du réalisateur de French Connection semble d’autant plus impulsif et approximatif quand on sait qu’aucun instrument mexicain n’a été utilisé pour l’effrayante musique composée par Schifrin pour L’exorciste. Depuis, le compositeur argentin se garde bien d’éviter la présence de ce fou furieux quand il se rend dans des festivals.

Amityville, la maison du diable permet à Schifrin d’exorciser ses blessures et de montrer ce dont il est capable dans le domaine du film d’horreur. La collaboration avec le réalisateur d’Amityville, Stuart Rosenberg, ne peut qu’être apaisée puisqu’elle marque leur quatrième collaboration après les réussites que sont Luke la main froide (1967) et Le voyage des damnés (1976).

Amityville, la maison du diable est tirée d’une histoire soi-disant vraie. La famille Lutz emménage dans une maison où les anciens propriétaires se sont fait massacrés par leur fils sous l’influence de voix démoniaques. Témoins de phénomènes paranormaux, la famille Lutz ne tiendra pas plus de 28 jours dans cette maison bourgeoise de la banlieue de New-York.

Pour illustrer la terreur qui monte et prend possession de la famille Lutz, Schifrin compose une savante et innocente berceuse chantée par des enfants. Puis, insidieusement, la mélodie devient de plus en plus dissonante et dérangeante. A leurs tours, les chœurs des enfants semblent hantés.

La maison, dont les deux fenêtres apparaissent comme les yeux du malins, est un personnage à elle toute seule. Schifrin la souligne avec un simple leitmotiv de deux notes jouées aux cordes, particulièrement entêtant et effrayant. On pense beaucoup au travail qu’a fourni Bernard Herrmann pour Psychose en écoutant cette musique. D’ailleurs, tout comme Herrmann, Schifrin refuse d’utiliser des synthétiseurs en privilégiant un orchestre à cordes dans lequel il glisse des instruments aux sonorités étranges comme le cristallophone et le waterphone.

Aujourd’hui, le film de Stuart Rosenberg a pris un sacré coup de vieux. Les polémiques entourant la véracité des faits dont ont été témoins les membres de la famille Lutz n’a pas arrangé le film. Il ne reste donc plus que la musique de Lalo Schifrin qui continue à vivre sa vie sans prendre une seule ride. Détachée des images de Rosenberg, elle est encore plus effrayante et nous incite à croire que tout cela était peut être bien vrai.

Ringo Starr & his All Starr Band : concert Lyon 2 juillet 2011

C’est triste une salle de concert à moitié vide. Nous étions bien installés dans nos fauteuils pour constater que notre vedette n’attire plus les foules. Pauvre Ringo ! Depuis la séparation des Beatles, personne ne l’a pris au sérieux à cause, peut-être, de son innée faculté à faire l’andouille. Il a, depuis, écumé toutes les maisons de disques trop contentes de signer un Beatle. Puis catastrophées par ses ventes, elles l’ont gentiment prié d’aller voir ailleurs. Mais depuis 1989, Ringo a formé sa machine de guerre, le All Starr Band.

Hier soir, Lyon accueillait ce groupe à géométrie variable orchestré par notre batteur préféré à la bonne humeur légendaire. Le All Starr Band est composé de veilles stars sur le retour ayant caressé les sommets des charts avant de sombrer dans l’oubli du grand public.

Il y a des fans de Paul, de George ou encore de John, mais quel snob  peut s’enorgueillir de préférer Ringo aux trois autres ? Le public de Ringo n’est donc pas le grand public. Ringo ne peut qu’attirer les fans ultras, invétérés et inoxydables des Beatles. D’ailleurs, tout le monde a une bonne tête dans ce public. On croise des visages familiers même si on ne les connait pas. Certains portent de beaux t-shirts et d’autres vont jusqu’à ressortir les costards des fabs de 1964. La famille Beatles s’est rétrécie mais elle semble toujours aussi soudée avec des esprits adorablement fêlés.

Après une première partie gentillette, notre Ringo arrive enfin avec son nouveau All Star sur It Don’t Come Easy. Fidèle à lui-même, Ringo danse comme un métronome binaire sur ce titre endiablé. Derrière lui, on ne trouve que des musiciens américains. Edgar Winter, marionnette vivante du Muppet Show, joue du saxophone. A ses cotés se trouve Wally Palmar des Romantics à la guitare. Un peu plus loin, Rick Derringer qui prend les solos à la vitesse d’un tgv. Pour faire groover le tout, Richard Page de Mr.Mister est à la basse. La plus belle surprise du groupe se trouve aux claviers avec Gary Wright qui était déjà présent sur l’album All Things Must Pass de George Harrison.

Chaque membre du All Starr Band a droit à deux titres de son répertoire. Le concert s’enchaine donc entre les titres de Ringo et les leurs. Il y a une dominante de son très californien sur ce concert. Dans le désordre, Edgar Winter, du haut de ses pratiquement deux mètres, met le feu à la salle avec Free Ride. Wally Palmar s’en sort pas mal en passant juste après ce monstre avec son hit Talking In Your Sleep. Dans un bordel ambiant, Ringo nous fait une version très beatlesmania de I wanna be you’re man. Rick Derringer sort l’artillerie lourde avec son hymne Hand On Sloop Be. Puis c’est au tour de Gary Wright d’hypnotiser la salle avec Dream Weaver. Page nous fait une version  léchée de Kyrie, tellement parfaite qu’on a l’impression d’écouter RTL2.

Avant le second tour de chansons de son All Starr, Ringo fait chanter la salle, le temps de retomber en enfance avec Yellow Submarine. Le All Starr repart avec un tas de hits monstrueux dont le groovy Love Is Alive de Gary Wright et Frankenstein où, dans un véritable tour de force, Edgar Winter passe du clavier au saxophone jusqu’aux percussions.

Dans une euphorie communicative, Ringo enflamme définitivement la salle avec son humour dévastateur et une version très country de Act Naturally. Le bouquet final se fait sur With a little help from my friend avec un petit rappel sur Give peace a chance.

De ces deux heures magiques et intemporelles, on ressort le cœur énorme et prêt à se cogner à la réalité. On regrette cependant que Ringo n’ait pas interprété Wrack my brain et You’re sixteen. Puis nos petits problèmes nous rattrapent vite et nous sommes malheureusement bien en 2011. Mais nous avons vu Ringo.

Star Crash… ou comment John Barry se retrouve dans un Trou Noir

Un véritable raz de marée ! Lorsque Star Wars sort en 1977, on n’avait pas vu de tsunami culturel aussi dévastateur depuis la beatlesmania. Le succès du film est tel qu’il éclabousse et s’infiltre dans le quotidien de tout le monde par l’intermédiaire de produits dérivés, de chansons, de looks. Après deux chocs pétroliers et une économie malade soufflant sur les restes des trente glorieuses, on ne rêve qu’à fuir la planète bleue pour s’envoler dans les étoiles. Le voyage se fait sur des rythmes disco et pour être à la page, il faut être dans l’espace. On est près à n’importe quoi pour suivre la mode et tous les débordements sont autorisés. Par exemple, Don Ellis, jazzman très sérieux, est contraint par sa maison de disque de reprendre le célèbre thème de John Williams et de donner à son nouvel album le ridicule titre de Music from other galaxies and planets.

George Lucas a ouvert une brèche sur un nouveau genre et personne n’entend lui laisser le monopole du portefeuille. La Paramount veut, elle aussi, faire claquer son tiroir-caisse en faisant prendre du service à l’équipe de Star Trek sur grand écran. La guerre froide devient alors démodée pour James Bond puisqu’il est à son tour catapulté dans l’espace afin de contrer les plans machiavéliques de Moonraker magnifiquement interprété par Michael Lonsdale. Mais les petits producteurs veulent aussi leur part du gâteau et espèrent pouvoir rapidement se vautrer dans une pluie de dollars.

C’est du coté de l’Italie que nait le plus improbable petit frère de Star Wars. Des producteurs italiens capricieux exigent leur guerre des étoiles. Pour cela, ils embauchent à la réalisation un protégé de Dario Argento, Luigi Cozzi. Problème, ils n’ont pas un sou ! Cozzi doit alors mener à bien ce western spatial où, après avoir été emprisonnés, Akton et Stella Star apprennent qu’ils ont été désignés pour retrouver le fils disparu de l’Empereur Galactique qui se trouve aux mains de l’abominable Zarth Ann. Ce n’est pas par son histoire que brille Star Crash, mais plutôt par son manque d’argent et sa succession d’effets spéciaux ringards qui, au fil du temps, sont devenus hilarants. Regarder Star Crash en 2011 est une épreuve de bravoure. Ni la prestation du jeune et talentueux David Hasselhoff se battant avec un improbable sabre laser, ni le bikini de l’affolante – ex James Bond Girl – Caroline Munro, ni la musique époustouflante de John Barry ne peuvent sauver ce film.

Oui, étonnamment, on peut se demander comment un musicien aussi talentueux que John Barry a pu se faire embrigader dans un tel navet. Cela s’est fait simplement, grâce à un coup de fil du producteur français Patrick Wachsberger. Ce dernier met l’eau à la bouche de Barry en lui promettant que cela sera le plus grand film de science-fiction jamais réalisé. Barry fonce et se met au travail en ayant comme simple indication de composer quelque chose dans un style proche de celui de John Williams. Mais Barry n’en est pas à son premier coup d’essai dans les musiques de film se déroulant dans l’espace. Il a déjà fait ses armes avec deux James Bond, On ne vit que deux fois et Moonraker dans lequel on trouve un véritable tour de force avec le titre Flight into space. Barry part bille en tête pour surpasser le score de Star Wars. Le tournage du film se fait en même temps qu’il entre en studio. Il demande, pour se donner une idée du film qu’il doit mettre en musique, de se faire envoyer les rushs des scènes les plus marquantes. Cozzi, catastrophé par les résultats de l’équipe des effets spéciaux, envoie une cassette vidéo au compositeur. Cette vidéo, à la base en couleur est passée en noir et blanc et Cozzi fait croire à Barry que les incrustations des effets n’ont pas encore été faites alors qu’elles figurent bien à l’écran. Berné, Barry compose, comme à son habitude, une musique magistrale et imposante.

Finalement, à la vision de Star Crash, on s’aperçoit que la monumentale musique de John Barry est en parfaite inadéquation avec la pauvreté des images du film. On éprouve de l’incompréhension, voire de la gêne, en apercevant le passage d’une minable maquette de vaisseau sur la musique impressionnante de Barry. Au lieu de servir le film, la musique de Barry souligne alors toutes les nombreuses carences de ce mauvais clone de Star Wars. Mais pour sa défense, ce film est tellement naïf et catastrophique qu’il en devient incontournable.

Bsx records a eu l’ingénieuse idée d’éditer à seulement 1500 exemplaires ce magnifique score. John Barry prouve que le pire navet peut être une source d’inspiration. Maintenant, rien n’empêche à la musique de John Barry de vivre loin de ce crash cinématographique. L’heureux détenteur de ce disque n’a alors plus qu’à fermer les yeux et à réaliser un autre film.

> Cliquez ici pour connaître le tracklisting du disque

Ecoutez le Cinéma, nouveautés mai 2011

Bonne nouvelle ! Dès le 16 Mai, une nouvelle fournée de nouveautés de la série de Stéphane Lerouge, Ecoutez le Cinéma, arrivera dans les bacs. On avait en effet été un peu déçu du cru 2010 et l’abandon des beaux digipacks pour de vulgaires boitiers cristals  a quelque peu défiguré cette belle collection. Mais ne boudons pas notre plaisir car aucune autre maison de disques française ne peut s’enorgueillir d’une si belle série.

Au programme donc, quatre nouvelles sorties :

Michel Legrand : Suites cinématographiques / Cinéma Suites qui comprendra des raretés du compositeur qui va bientôt fêter ses 80 ans. On pourra découvrir des œuvres sans rythmique, sans soliste et ne flirtant ni avec le jazz, ni avec la variété… car uniquement pour orchestre. On pourra apprécier le talent de symphoniste de Michel Legrand à travers des œuvres méconnues comme un générique non utilisé du film de Robert Altman Prêt à porter mais aussi à travers une suite de quatre mouvements destinée aux Aventures de Don Quichotte. Sont présents aussi The Legend of Simon Conjurer, Sean and Audrey et Destination Zebra Suite.

Le Cinéma de Georges Lautner/ Musiques de Philippe Sarde qui offre une enthousiasmante synthèse de la collaboration entre ce prince de l’humour noir avec les musiques de Sarde. Huit films sont à l’honneur sur ce disque et l’on pourra passer de la partition inédite de La maison assassinée à celles de comédies réussies comme La valise, On aura tout vu et Pas de problème. Les snobs pourront se délecter en écoutant la musique de l’un des pires films avec Jean-Paul Belmondo, Joyeuses Pâques. Les fans d’Alain Delon, eux, pourront se replonger dans l’atmosphère oppressante du thriller raté mais néanmoins fascinant, Les seins de glaces.

Philippe Sarde / Costa Gavras pour la musique de Music Box, La petite apocalypse et des morceaux additionnels qui n’ont jamais été publiés en disque du score de Mad City. Pour la musique de Music Box, Costa Gavras aimait cette idée paradoxale d’engager un compositeur français sur un sujet américain mais aux racines d’Europe Centrale. Sarde compose donc une vaste partition enregistrée à Budapest et à Londres aux sonorités du folklore hongrois. Cette édition est en plus accompagnée d’un entretien avec le metteur en scène.

Maurice Jarre / El Condor-Villa Rides ! Il est étonnant de voir avec quelle aisance Maurice Jarre, lui qui se considérait trop français, a su se fondre avec la musique de film américaine. Le meilleur examen de passage pour faire ses armes à Hollywood est bien évidemment le western. Maurice Jarre, suite à son oscar obtenu pour Docteur Jivago, en a signé pas moins de huit. Stéphane Lerouge nous offre deux scores sur un même disque de deux films pour les nostalgiques de Charles Bronson et Robert Mitchum. La première Pancho Villa n’a jamais été éditée en cd et la seconde, El Condor est totalement inédite.

Il nous reste donc qu’à attendre le 16 Mai et à trouver un disquaire… si cette espèce n’a pas encore totalement disparu.