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Amicalement Vôtre: les mémoires de Roger Moore

Depuis que Daniel Craig a endossé les habits de James Bond, on sent poindre un nouvel enthousiasme autour de l’agent 007. James Bond n’est pas tout jeune puisqu’il vient de fêter ses 50 ans. On lit, et à juste titre, que Craig a dépoussiéré le personnage et lui offre une nouvelle jeunesse. Pour venir confirmer cette réussite, Skyfall casse la baraque au box-office et les fans de la série sont heureux de voir qu’elle a de belles heures devant elle. Mais derrière cet enthousiasme pour un James Bond extrêmement violent qui ne s’encombre pas de gadget, on sent un soulagement que le spectre de Roger Moore sur 007 a enfin disparu. Certes, sous son mandat bondien de 1973 à 1985, Moore ne s’est pas gêné pour apporter une forte dose d’humour dans le personnage alors que Q le gavait d’inventions plus délirantes les unes que les autres. Moore se battait contre des illuminés voulant anéantir la planète et les filles lui tombaient dans les bras en feulant, Oh, James, une réplique inoubliable. Certains se demandent si Moore n’a pas dénaturé 007. Question bête et méchante car la longévité et le succès de Moore dans le rôle de Bond prouvent que, tout comme Craig actuellement, il était en phase avec son époque. Le charme de Moore opère toujours et ses films se patinent à merveille avec le temps. Et pour ceux qui en doutent, lisez Amicalement Vôtre, les mémoires de Roger Moore. Après lecture, vous vous demanderez sans doute comment peut-on détester sérieusement un homme aussi délicieux ?

La vie de Roger Moore a failli est très triste. Moore est en effet un acteur mondialement connu pour ses rôles et totalement méconnu pour ses performances d’acteurs. Pour preuve, lorsqu’il est invité aux Oscars, c’est toujours pour distribuer des statuettes et jamais pour en recevoir. Pire, il n’a jamais été nominé. De plus, Roger Moore est toujours passé après les autres. Lorsqu’il devient Le Saint, on lui rappelle que George Sanders a été Simon Templar bien avant lui. Jack Kelly et James Gardner ont été les premiers à interpréter Maverick. Et concernant James Bond, il a pu prendre du service auprès de sa Majestée après que Sean Connery ait lâché les armes dans une humeur massacrante. Même lorsqu’il épouse la chanteuse Dorothy Squires de douze ans son ainée, celle-ci n’en est pas à ses premières noces en 1953. Roger Moore, un choix par dépit ? Evidemment non. D’ailleurs, Moore s’en contrefiche car il prend la vie du bon coté.

Dans ses mémoires, Moore prend le parti de n’évoquer que les bons souvenirs. Amateur de femmes (4 mariages), d’alcools (le nombre de cuite n’est pas comptabilisé), de bonnes tables et de franches rigolades avec ses amis, Moore est un jouisseur. Amicalement vôtre est une succession d’anecdotes croustillantes plus ou moins scabreuses car n’oublions pas que Roger Moore est so british. Il nous raconte sa vie telle les petites scénettes introduisant les épisodes du Saint qu’il conclut toujours par un bon mot. On y apprend que ce grand paresseux à belle gueule se lance dans le théâtre à la fin de ses études. Déjà, on remarque plus son physique que ses qualités d’acteur et c’est tout naturellement que le cinéma l’appelle. Il joue un soldat romain dans César et Cléopatre (1945) aux cotés de Vivien Leigh et Stewart Granger mais son nom ne sera pas crédité. Après d’autres apparitions, son agent lui décroche enfin un contrat à Hollywood dans les studios de la M.G.M. en 1954.

Les manières de tourner dans ces grands studios sont à des années lumière de celles, plus conviviales, pratiquées en Angleterre. En signant pour La dernière fois que j’ai vu Paris de Richard Brooks, Moore est scandalisé de voir que Liz Taylor ne prend pas la peine de lui donner la réplique pour les scènes où elle est hors-champ. Par la suite, il n’utilisera jamais de doublure. Sa collaboration avec Glenn Ford sur Mélodie interrompue (1955) n’est pas plus heureuse. Ford accumule les prises afin d’exaspérer les acteurs avec qui il joue pour leur voler la vedette. Mais sur Diane de Poitiers de David Millier, Lana Turner apprend le métier à Roger Moore en lui disant comment embrasser au cinéma. Cela ne suffira pas à Roger Moore de crever l’écran et la M.G.M, en pleine crise face à l’explosion de la télévision, ne renouvelle pas son contrat. Ce contrat rompu libère Roger Moore et lui permet de passer chez l’ennemi du grand écran en incarnant Ivanhoé pour 39 épisodes.

Avec un certain flair, Roger Moore devance Clint Eastwood en allant tourner en Italie. Mais n’est pas Léone qui veut et heureusement que tout le monde a oublié L’enlèvement des Sabines (1961) et Bande de lâches (1962) de Fabrizio Taglioni. De l’Italie il rentre en Angleterre pour devenir Simon Templar. Pour s’amuser, Moore passe parfois derrière la caméra. Dans un épisode de 1964, il protège la charmante Jane Asher ce qui lui permet de côtoyer Paul McCartney. L’année suivante, il se bat contre un Donald Sutherland très excité dans l’épisode Une belle fin. Le Saint est un véritable succès et l’un des programmes préféré de Frank Sinatra. Cette série permet à Moore d’avoir une vie rangée et très confortable au point de le mettre à l’abri financièrement. Mais après sept saisons et sans mauvais jeu de mot, Roger Moore a l’impression d’avoir fait le tour du Saint. Moore profite de ce succès pour revenir au cinéma. Avec La seconde mort d’Harold Pelham de Basil Dearden, Moore a l’impression d’enfin tenir un rôle où il pourra faire éclater ses talents d’acteur. Malheureusement, personne ne va voir ce film. Son retour au cinéma semble compliqué et c’est à reculons qu’il revient à la télévision en jouant le rôle de Brett Sinclair dans Amicalement Vôtre (The Persuaders).

Bizarrement, cette série culte n’a jamais percée aux Etats-Unis. Voilà qui est embêtant pour Tony Curtis qui souhaite relancer sa carrière. En tout cas, cela ne l’empêche pas d’être insupportable sur les tournages. En effet, Curtis est à cette époque le porte-parole du lobby antitabac et mène donc une guerre contre les fumeurs. Mais tabac n’est pas marijuana et Curtis ne s’encombre pas de cette contradiction en fumant joint sur joint. Après les 24 premiers épisodes d’Amicalement Vôtre, une seconde saison est envisagée puis avortée car la production exige que toute la série soit tournée en Angleterre, ce que refusent Tony Curtis et Roger Moore. Entre la fin d’Amicalement Vôtre et le début de James Bond, Roger Moore est le président de Brut Film, une filiale de cinéma créée par Fabergé. A cette époque, il tente de relancer sans succès la carrière de Cary Grant. Mais Grant ne veux plus entendre parler de cinéma et adore casser son image de vieux play-boy en lâchant des vannes scatologiques. Chez Brut Film, Moore produit Une maitresse dans les bras, une femme sur le dos de Melvin Frank et Terreur dans la nuit avec une certaine Elisabeth Taylor.

Après un fort régime afin de faire disparaitre les rondeurs de ses excès, Roger Moore obtient enfin le rôle de sa vie. A 46 ans, il succède à Sean Connery dans la série des James Bond. Amicalement Vôtre retrace les tournages épiques, et non sans risques, de cette série filmée autour du monde. Ce livre nous permet de vivre au sein de la famille Bond avec ses producteurs (Cubby Broccoli et Harry Saltzman), ses réalisateurs (Hamilton, Gilbert, Glen), les fidèles acteurs ainsi que Ken Adam, le génial décorateur. Moore nous nargue en évoquant toutes les sublimes femmes que ce rôle lui a permis d’embrasser. La seule ombre au tableau est sa collaboration avec Grace Jones sur Dangereusement Vôtre (1985). Moore n’a rien à dire de positif sur cette actrice. Il lui reconnait quand même un trait d’humour car lors de la scène où James Bond la séduit, Grace Jones a glissé un immense vibromasseur noir dans le lit. Autre coquinerie, Moore nous révèle qu’Hervé Villechaize passait ses nuits au bordel sur le tournage de L’homme au pistolet d’or. Et coté méchants, on apprend que Christopher Lee a raté sa carrière de chanteur d’opéra, que Richard Kiel est un être doux et raffiné, que Christopher Walken est finalement gérable et pour finir, on se demande si Michael Lonsdale a si bonne haleine que cela. Mais le plus troublant est qu’il ne se souvient même pas avoir écrit un livre sur le tournage de Vivre et laisser mourir, peut-être ne l’a-t-il tout simplement jamais écrit.

En parallèle des James Bond, Roger Moore tourne dans d’autres films qui lui sont toujours un bon prétexte pour voyager, bien vivre et se marrer avec d’autres acteurs. Sur le tournage de Gold (1974), Ray Milland est un excellent compagnon de boisson et sur Parole d’homme (1976), Moore découvre pourquoi Lee Marvin doit boire avec modération. Roger Moore retrouve Stewart Granger dans Les oies sauvages (1978) d’Andrew McLaglen et entre Richard Burton et Richard Harris, l’ambiance est très alcoolisée sur le plateau. Ce joyeux rythme de croisière ne ralentit pas en compagnie de James Mason et Michael Parks sur Les loups de haute-mer (1980). Par un étrange hasard, Moore retrouve une belle équipe de fêtards pour le film L’équipée du Cannonball. Personne ne doute de la qualité du levé de coude de Peter Fonda, Sammy Davis Jr., Burt Reynolds et Dean Martin. Aucun de ces films ne sont des chefs d’œuvres mais nous avons probablement autant de plaisir à les regarder que Moore en a eut à les tourner. La seule expérience déplorable de sa carrière est le tournage du film de Jean-Claude Vandamme, Le grand tournoi (1996). Avec un mépris cinglant, Moore nous dis que Vandamme et Moshe Diamant, le producteur du film, synthétisent ce que l’on fait de pire dans la profession. Ce mauvais souvenir est en partie balayé grâce à la compagnie revigorante des adorables Spice Girls avec qui il tourne dans Spice World, son film suivant.

En 1991, alors qu’il est en semi-retraite entre Los-Angeles, la Suisse et le sud de la France, la vie de Roger Moore prend un nouveau tournant. Audrey Hepburn lui demande de l’accompagner à une conférence de L’Unicef dont elle est ambassadrice. Roger Moore mort à l’hameçon et est extrêmement sensible à l’action en faveur des droits de l’enfance de cette agence de l’Onu. Enthousiaste, il devient à son tour ambassadeur de l’Unicef. Sous la bannière de cette organisation, il sillonne une nouvelle fois le monde entier mais cette fois-ci, il va voir l’envers du décor des paysages paradisiaques dans lesquels il jouait quelques années auparavant. Moore prend son rôle très à cœur et les descriptions dans ses mémoires des quartiers, des hôpitaux et des écoles qu’il visite sont effrayantes. Roger Moore casse enfin l’image d’homme léger qui le poursuit. Son action est telle que la Reine l’anoblit.

Après s’être battu contre un cancer, Sir Roger Moore continue son action à l’Unicef. Nombreux de ses grands amis comme David Niven, Cuby Broccoli, James Mason et Bernard Lee ne sont plus de ce monde. Le fantôme de James Bond continue cependant à le poursuivre puisqu’il habite à deux pas de chez Barbara Bach. Et tous les soirs sur son balcon, avenue Princesse-Grace à Monaco, peut déguster son martini en ruminant, et pourquoi ne pas vivre et laisser vivre. La classe, isn’t it ?

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Total Recall, les mémoires d’Arnold Schwarzenegger

Si vous cultivez un fond d’anti-américanisme, si vous n’êtes pas prêt à souffrir et travailler d’arrache-pied pour monter sur la première marche du podium, si vous aimez seulement les films indépendants à petit budget, si vous n’êtes pas nostalgique de la politique libérale de Ronald  Reagan, si vous vous demandez ce que votre pays peut faire pour vous et non l’inverse, si vous ne croyez pas en une armée forte, si vous ne faites pas du sport régulièrement, si vous baillez devant Terminator, alors le livre Total Recall par Arnold Schwarzenegger  risque fortement de vous tomber des mains.

Lorsque Schwarzenegger décide quelque chose, il le fait. Avec Total Recall, écrit en étroite collaboration avec Peter Petre, Arnold passe aux aveux. Sur pas moins de 657 pages, il retrace toute sa vie. De son enfance dans une Autriche dévastée par la guerre à son poste de gouverneur de Californie en passant par ses carrières de culturiste et d’acteur le mieux payé d’Hollywood, Arnold nous dit presque tout. N’imaginant pas le noyau dur des fans de Schwarzy comme des rats de bibliothèque, ce livre de la taille d’un roman russe a de quoi impressionner ou faire fuir. On peut donc se demander à qui il s’adresse. Mais, que l’on aime ou pas Schwarzy, son destin totalement incroyable a de quoi attiser la curiosité.

Tout le monde connait l’acteur Schwarzenegger et la part belle de ses mémoires est consacrée à cette période. Evidemment, Arnold s’étend longuement sur Conan le Barbare (1982), Terminator (1984) et ses suites, Predator (1987), Total Recall (1990), True lies (1994) et son virage comique avec Jumeaux (1988) et Un flic à la maternelle (1990). On connait tellement ces films que les anecdotes de tournage choisies par Schwarezenegger paraissent plutôt fades. On lit tout cela poliment, et heureusement que le portrait déjanté de John Milius relève le tout. Arnold nous décrit bien la folie sur le tournage de Conan orchestrée par un réalisateur qui se considère sérieusement comme un romantique révolutionnaire et défenseur des valeurs traditionnelles. Mais le plus intéressant dans cette partie est probablement les débuts de Schwarzy. Sa volonté de devenir acteur a germé durant son adolescence et rien ne l’a ensuite détourné de cet objectif. Le culturisme lui a servi de tremplin et c’est grâce à son physique qu’il décroche son premier rôle dans Hercule à New-York (1969), navet qui n’est même pas sorti en salles à l’époque. Ce film lui sert de leçon et lui laisse entrevoir tout ce qu’il a encore à apprendre. Afin de tomber sur le bon film et jouer un rôle qui puisse lui ouvrir de nouvelles portes, Schwarzenegger revient au cinéma sept ans après ce premier échec avec Stay Hungry de Bob Rafelson. Issu du Nouvel Hollywood, Rafelson qui a dirigé Jack Nicholson dans Cinq pièces faciles (1970) pousse Arnold à prendre des cours de comédie et lui donne ainsi une légitimité artistique. Légitimité qu’il entretiendra en refusant des publicités ou des rôles secondaires qui auraient risqué de le cataloguer. Schwarzenegger n’a qu’une exigence, être au sommet de l’affiche. Après de nombreux refus, il accède enfin à la notoriété avec Conan le barbare. Il lui aura fallu 13 ans d’obstination et de volonté pour arriver au succès. Dès lors, la machine Schwarzenegger est en route et tout va se démultiplier. Arnold va relever des défis qui vont aller de pair avec les budgets de ses films et ses salaires doublent à chaque fois. En homme d’affaire avisé, Schwarzenegger comprend très vite que le marché des films s’est mondialisé. Il s’impose donc des campagnes de promotions agressives et n’hésite pas à sillonner le monde entier pour porter ses films. La technique est payante et sous un rythme aussi soutenu, totalement novatrice. Arnold aime être premier, Arnold aime le succès.

Par contre, Schwarzy n’est pas un adepte de l’échec. Dans son livre, le cas du navet Kalidor (1985) est expédié avec humour. Par contre, il est intéressant de voir comment il présente celui de Last Action Hero (1993). Ce film de John McTiernan, dans lequel Schwarzenegger tourne en dérision son image musclée, n’a pas rencontré son public. Le succès fut mitigé et l’acteur critique beaucoup le lancement fait  pour ce film. Mais rétrospectivement, ce film lui offre son premier coup de vieux. La page reaganienne avec ses héros nationalistes est révolue et Schwarzenegger se demande où est sa place dans l’Amérique de Clinton. Nombreux autres films n’ont droit dans son livre qu’à un paragraphe ou une phrase. Sa première apparition non créditée dans Le privé (1973) de Robert Altman et La course au jouet (1996) n’ont même pas le droit de cité. Mais le plus inquiétant dans les confessions d’Arnold est son égocentrisme. Schwarzenegger parle très peu, voire jamais, des acteurs avec qui il joue. On a l’impression qu’aucune complicité ne s’est vraiment installée sur un plateau avec un autre comédien. Par contre, hors plateau, on le sent très fier d’avoir couché avec Brigitte Nielsen bien avant Sylvester Stallone.

Cet égocentrisme vient surement de sa carrière de culturiste. Il ne faut pas oublier que toute la première partie de sa vie, Schwarzenegger l’a passé dans une salle de gym en regardant dans une glace son corps se métamorphoser. Et rien ne lui faisait plus plaisir d’entendre les cris du public à chacune de ses poses lors des compétitions. Le palmarès de Schwarzenegger est vertigineux et c’est encore une fois, avec une volonté de fer qu’il a explosé tous les records. Total Recall donne un éclairage intéressant du monde du culturisme. Monde fermé, masculin, fait de marginaux… et entre les lignes, on comprend que ça baise beaucoup. Schwarzenegger a tout fait pour sortir de ce milieu de la marginalité et, grâce au documentaire Pumping Iron (1977), il y a fortement contribué. Véritable athlète, Arnold a toujours eu soin de sa santé physique. Et c’est son hygiène de vie qui a servi de passerelle pour entrer en politique.

Dès son arrivée aux Etats-Unis, Schwarzenegger s’est senti républicain. Couleur qu’il n’était pourtant pas bon d’afficher à la fin des années soixante, surtout dans le milieu artistique. Mais le jeune autrichien se retrouvait dans les valeurs de liberté individuelle prônées par Richard Nixon. Ayant grandi dans la peur du communisme avec la Hongrie en pays voisin, Schwarzenegger ne s’offusquait pas d’une intervention au Vietnam, bien au contraire. Mais son engagement en politique a été tardif bien qu’il ait toujours flirté avec elle. Parallèlement à ses films, Arnold a bâti un véritable empire immobilier et a donc toujours été attentif aux taxes qu’il devait payer. Mais c’est surtout en fréquentant la nièce de JFK, Maria Shriver, que Schwarzenegger épouse au sens propre comme au sens figuré la politique. Maria et Arnold forment un couple aux avis politiques totalement opposés. Et les quarante cousins du clan Kennedy n’ont jamais réussi à convaincre Arnold de basculer dans le camp des démocrates. C’est son corps et son image sportive qui lui permettent de briguer le poste de conseiller sur le conditionnement physique et les sports sous le mandat du président Bush père entre 1990 et 1993. Poste symbolique dans lequel Schwarzenegger s’investit très sérieusement afin de faire la promotion du sport tout en faisant de la prévention. Il n’entend pas faire de la figuration et tourne dans tous les états, se frottant à tous les gouverneurs, qu’ils soient démocrates ou républicains. Schwarzenegger devient un intime du président Bush en passant de nombreux séjour à Camp David mais ne se met pas sa belle famille à dos puisqu’il soutient activement les Jeux Olympiques spéciaux créés par la mère de Maria, Eunice Kennedy.

Sa véritable entrée en politique se fait dix ans plus tard lorsqu’il se lance dans l’élection pour devenir gouverneur de Californie suite à la procédure de destitution lancée à l’encontre du démocrate, Gray Davis. Plusieurs points l’ont convaincu de franchir le pas. Le premier est le triste état économique dans lequel se trouve alors la Californie, rendant le citoyen Schwarzenegger fou de rage. Le second vient de Richard Nixon qui le pousse à se présenter. Certes, Schwarzenegger a une notoriété forte mais est-ce que cela fait de lui un candidat sérieux ? Habilement, il s’assoit donc sur les personnages qu’il incarne au cinéma afin de montrer qu’en politique, il peut aussi faire le ménage. Mais conscient que cela ne suffit pas, il bosse comme un taré sur tous les dossiers avec son équipe de campagne. Il doit aussi prendre la mesure de tous les sacrifices qu’il fait en briguant ce mandat. Il devra faire l’impasse sur ses revenus publicitaires et au cinéma, mais aussi convaincre sa famille de le suivre. Pas démotivé, Schwarzenegger entend relancer l’économie de Californie, réduire le déficit budgétaire des taxes, créer de nouveaux emplois, développer l’éducation et combattre les émissions des gaz à effet de serre. Il est largement élu et devient le 38ème gouverneur de Californie et le second acteur, après Ronald Reagan, à accéder à ce poste.

Passer de candidat à gouverneur n’est pas une mince affaire et le style qui a fait fureur durant sa campagne fait grincer des dents durant les débuts de son mandat. Schwarzenegger apprend vite que les dialogues macho de ses films coincent vite devant un syndicat d’infirmières. Il s’aperçoit aussi à quel point la situation de la Californie est grave et souvent bloquée par des syndicats et une politique partisane. La seule volonté en politique ne suffit pas et Schwarzenegger doit apprendre à négocier. Total recall montre à quel point Schwarzenegger a été un gouverneur républicain loin de l’image caricaturale de la politique généralement menée par ce parti. Certes, on imagine en lisant son autobiographie que Schwarzenegger est clément avec son bilan mais l’on peut être étonné de la politique qu’il a menée. Schwarzenegger est un républicain modéré et il a toujours essayé de travailler en intelligence avec les démocrates. Il s’est même mis à dos des membres de son parti lorsqu’il a confié des postes clés à l’opposition.  Durant ces deux mandats, on retrouve Schwarzenegger comme un fervent défenseur de l’environnement qui n’hésite pas à monter au créneau pour faire barrage au lobby du pétrole texan soutenu par Bush. De plus, il est le gouverneur qui a injecté le plus d’argent dans l’éducation, les écoles publiques et la sécurité en Californie. Il a en outre lancé de grands travaux pour rénover les infrastructures californiennes qui commençaient à ne plus être adaptées. Certes, en bon républicain, Schwarzenegger favorise la valeur travail, la liberté d’entreprise et applique une fiscalité libérale mais il n’hésite pas à augmenter les impôts dès que la crise arrive.

Autant Schwarzenegger était très ami avec Bush père, autant on le voit prendre ses distances avec Bush Jr. Et concernant les valeurs familiales si chères aux républicains, Schwarzenegger ne les a jamais mises en avant et est toujours resté hermétique aux positions de Sarah Palin. Schwarzenegger a appris à brouiller les pistes et est devenu un animal politique surprenant, relativement insaisissable et totalement dévoué à son Etat.

Si Le Triomphe de la volonté n’avait pas des relents nazis, ce titre irait parfaitement à l’autobiographie de Schwarzy. On y découvre un type au caractère hors norme capable de se transformer en machine de guerre pour atteindre ses objectifs. Mais derrière son coté frimeur et donneur de leçon, Schwarzenegger se révèle comme une personnalité pleine de contradictions et beaucoup plus complexe qu’elle n’y parait. Schwarzenegger nous prouve que l’on peut être une montagne de muscles, un acteur de blockbusters et un républicain chevronné… sans être un con. A méditer.

Rock Forever : We love Rock’n’Roll

Sherrie (l’atomique Julianne Hough), jeune fille blonde, fraiche, pétillante et sans un poil sous les bras est tout le contraire d’une Patti Smith. Sur les conseils avisés de sa grand-mère, elle quitte son Oklahoma natal pour aller vivre ses rêves musicaux du côté de Los Angeles. Sherrie part avec pour seuls bagages ses disques d’Aerosmith, de Journey, de Bon Jovi et de plein d’autres groupes à la mode. Nous sommes en 1987 et nous vivons les grandes heures du rock FM. Mais comme l’a hurlé Axl Rose, Los Angeles est une jungle et la pauvre Sherrie l’apprend à ses dépends en se faisant voler tous ses vinyles dès son arrivée dans la capitale du rock. Heureusement, elle tombe sur Drew (Diego Boneta), serveur dans la Mecque du Rock, le Bourbon Room, en attendant de devenir une rock star à son tour. Grâce à Drew, l’adorable Sherrie se fait engager dans ce club mais son patron, Dennis Dupree (méconnaissable Alec Baldwin) est criblé de dettes. Les ennuis pour le club ne s’arrêtent pas là puisque la femme du maire, Patricia Whitmore (démoniaque Catherine Zeta-Jones) veut fermer ce lieu d’immoralité et de débauche. Heureusement la plus grande star du rock, Stacee Jaxx (inoxydable Tom Cruise), se produira au Bourbon Room. Mais Stacee est en perte d’inspiration et a du mal à trouver un nouveau souffle pour lancer sa carrière solo. Il vit en reclus et son meilleur ami est un singe qui le noie dans l’alcool pendant que des groupies se ruent dans son lit. Mais même si le destin est parfois cruel, la musique est plus forte que tout et les personnages de Rock Forever trouveront la lumière sur fond de mélodies grâce à l’alcool, au sexe et à cet indestructible shoot d’énergie qu’est le rock’n’roll.

Pour Michel Audiard, les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait. Rock Forever donne tort à notre célèbre dialoguiste et prouve que l’audace n’est pas synonyme de bêtise. En effet, c’est avec un incroyable aplomb qu’Adam Shankman (Bronx à Bel Air, Hairspray) ressuscite la comédie musicale. Rock Forever, tiré d’une pièce de Broadway, est à l’image du rock californien car il est le film de toutes les décadences et de tous les excès. A cinquante ans, Tom Cruise, pantalon en cuir et tatoué sur tout le torse, surprend encore et n’a pas peur du ridicule en incarnant avec conviction une rock star déglinguée. Il entre dans la peau de ce chanteur et va jusqu’à prêter sa voix à toutes les chansons dans lesquelles il apparait. D’ailleurs, tous les acteurs de Rock Forever chantent sans filet et on découvre avec ravissement qu’Alec Baldwin est très bon dans ce style. On peut aussi saluer la prestation hilarante de Russell Brand en clone de Keith Richards en mode toxico du début des seventies.

Mais l’insolence de Rock Forever vient surtout du fait qu’il remet au gout du jour le rock FM. Adam Shankman a le toupet d’offrir un regard drôle, décalé et enthousiaste sur une période de la musique populaire que nombreux aimeraient n’avoir jamais à revivre. Les défenseurs du rock FM sont en effet peu nombreux pourtant, durant cette période où l’industrie du disque était toute puissante, ce rock revenait enfin à ses fondamentaux avec une volonté farouche de baiser, picoler, s’amuser tout en faisant des montagnes de fric. Evidemment, le rock critique dénué d’humour et chercheur de nouveau Rimbaud ne voyait pas d’un bon œil les shows pyrotechnique de tous ces groupes très glam. Le mauvais goût, les couleurs pétantes, les refrains fédérateurs, la virtuosité des guitaristes, la joie de vivre sont à proscrire pour certains dans le rock comme si cette musique ne devait être au final que sombre, faussement authentique et ennuyante. Avec des medleys surprenants et une reconstitution minutieuse (admirable Tower Records !), Rock Forever ranime cette période flamboyante en offrant des versions revisitées de tous les groupes qui tenaient le haut du pavé à l’époque. On se régale donc à réentendre, ou découvrir pour les plus jeunes, les tubes oubliés de Journey, Whitesnake, Poison, Night Ranger, Bon Jovi, Extreme, Foreigner et tant d’autres.

La belle découverte de ce film est sans nul doute Julianne Hough, la plus rafraichissante apparition sur un écran depuis l’étincelante Charlène Tilton. On sort de Rock Forever avec le cœur gros et les joues roses.

La psychose des papas de Norman Bates

C’est de notoriété publique, Norman Bates a de sacrés problèmes avec sa mère.  De son père, on ne sait pratiquement rien si ce n’est qu’il brille par son absence. A l’inverse, créateurs, réalisateurs et interprètes de Norman Bates ont été extrêmement présents pour suivre l’évolution de ce personnage retors. Et cela n’a pas été sans accrocs.

En 1957, l’auteur Robert Bloch suit avec attention un sordide fait divers dans lequel Ed Gain, surnommé alors le boucher de Plainfield est arrêté pour le meurtre d’une femme. La police trouve  chez lui de macabres objets fabriqués à l’aide de cadavres déterrés dans les cimetières du coin. Tout comme pour son roman Le boucher de Chicago, inspirés de faits réels, Robert Bloch fait travailler son imagination et ses talents de romancier afin d’en tirer un livre. Livre qui arrive dès sa parution entre les mains d’Alfred Hitchcock qui décide aussitôt de l’adapter au cinéma.

Ed Gain

La passation du destin de Norman entre Robert Bloch et le maître du suspense se passe très bien tant l’adaptation d’Hitchcock reste fidèle au roman. Anthony Perkins se fond admirablement derrière les traits dérangés de Norman Bates. On connait la suite, le motel et l’effroyable scène de la douche dans laquelle Marion Crane (Janet Leigh) y laisse sa vie. La folie et les tourments de Bates sont démasqués par Lila Crane (Vera Miles) qui enquête sur la mort de sa sœur. Bates, sous l’emprise d’une mère morte, n’est pas jugé responsable et est directement envoyé à l’asile.

Epaulé par une publicité machiavélique, le film Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock fait rapidement partie de ses films mythiques que l’on pense intouchables. Pourtant, en 1982, alors que le maître du suspense a donné son dernier tour de manivelle en avril 1980, Norman Bates, orphelin de son réalisateur, est prêt à sortir de l’asile.

Norman Bates peut encore rapporter de l’argent, Universal Pictures n’entend donc pas laisser dormir un si joli pécule à l’asile. Tom Holland (Jeu d’enfant, Class 1984) est chargé de rétablir notre grand malade en écrivant le scénario d’une suite de Psychose. Anthony Perkins décline dans un premier temps l’opportunité de reprendre son rôle de psychopathe. Le studio ne baisse pas pour autant les bras et propose à un autre taré, Christopher Walken, d’interpréter Bates. Ne voulant pas se faire voler la vedette, Perkins revient sur sa décision et accepte. Contre toute attente, Psychose 2, réalisé par Richard Franklin (Coma, Link) est un succès. Des mauvaises langues diront que ce succès est du au fait qu’il n’y avait pas beaucoup de films à aller voir lors de sa sortie durant l’été de 1983. Pourtant, après une absence aussi longue et en reprenant un sujet aussi casse-gueule, Psychose 2 est dans une certaine mesure une réussite. Franklin abandonne le noir et blanc pour la couleur dans cette suite ou le pauvre Norman se fait harceler jusqu’à redevenir fou par Lila Crane, toujours jouée par Vera Miles, qui n’a pas digéré d’avoir perdu sa sœur. Le fantôme de la mère de Norman plane sur un Perkins toujours aussi malsain. Jerry Goldsmith reprend avec intelligence la musique effrayante composée par Bernard Herrmann. Anthony Perkins prouve avec ce film qu’il est Norman Bates et que ce personnage peut exister sans la caméra d’Alfred Hitchcock. Mais la plume de Robert Bloch n’a heureusement pas dit son dernier mot.

Pendant la production de Psychose 2, on imagine que Robert Bloch est au courant que le personnage qu’il a inventé va reprendre du service au cinéma. Non concerté pour l’écriture du scénario, Bloch a du être excédé de voir son personnage lui échapper. Bloch pense qu’une suite au film d’Hitchcock est une hérésie. Il se sent donc obligé de répliquer en écrivant son propre Psychose 2. Ce livre, sorti en 1982, n’a rien à voir avec le scénario du film qui sortira l’année suivante. Robert Bloch prend un autre chemin que le scénariste Tom Holland et règle ses comptes avec Hollywood. Dans ce roman, Norman Bates s’échappe de l’asile déguisé en religieuse et n’est en rien guéri.  Ironiquement, Bloch se fait un plaisir de lancer Norman Bates, ou son spectre, au milieu de l’équipe du tournage d’un film retraçant sa vie. Bloch se venge de l’industrie du cinéma puisqu’évidemment, chaque personnage participant au tournage de ce film, vulgarisant et ridiculisant la mémoire du personnage de Norman Bates, se fait admirablement trucidé. Même si Psychose 2 de Robert Bloch a été moins lu que Psychose 2 avec Anthony Perkins n’a été vu, Bloch a réussit à écrire un livre terrifiant afin de récupérer son déséquilibré bébé et de montrer qui est le véritable père de Norman Bates.

Sidéré par le succès du film Psychose 2, Anthony Perkins tombe dans le piège facile des séquelles, phénomène alors très répandu à Hollywood, et réalise Psychose 3 en 1987. Avec sa none qui tombe du sommet d’un clocher en ouverture du film, Perkins nous offre un hommage calamiteux à Sueurs froides (Vertigo) d’Alfred Hitchcock. La suite du film n’est pas glorieuse et la sauce d’un Norman Bates toujours hanté par sa mère ne prend à aucun moment dans cette triste suite. Le public ne s’y trompe pas et boude ce film qui sort de l’affiche rapidement pour tomber aux oubliettes. Anthony Perkins interprète une dernière fois Bates en 1990. Ce dernier film de Mick Garris (Critters 2, La nuit déchirée) est uniquement produit pour la télévision. Voir Norman Bates en mari inquiet pour sa femme enceinte et sa future descendance est une horreur pour les spectateurs. Et le plus outré d’entre eux sera encore une fois Robert Bloch qui réplique aussitôt.

La même année, il fait fort en sortant Psychose 13. Le titre est un joli pied de nez à l’absurdité de tous ces numéros de suite. Au cinéma, Norman Bates est devenu un phénomène de foire et Bloch part de ce constat pour monter une intrigue autour de la reconstruction du Bates Motel, transformé par des entrepreneurs peu scrupuleux, en parc d’attraction. Pour en finir, Bloch avait pris le parti de tuer Bates dans Psychose 2 mais son esprit, constamment ravivé par d’autres, frappe tous les salauds qui souillent sa mémoire. Psychose 13 est un roman assez jouissif et caustique sur toutes les dérives qui ont entouré le personnage de Norman Bates. Il est aussi visionnaire quand on sait que la maison de Psychose se trouve aujourd’hui visitée par des ploucs en short à Disneyland Paris.

Anthony Perkins meurt en 1992 et Robert Bloch, le véritable père de Norman Bates, le suit dans la tombe en 1994. Bates est alors orphelin. Apparaissant dans des épisodes des Simpsons ou pastiché dans ceux de K2000, Bates est entré par la grande porte dans la culture populaire.

En 1998, Gus Van Sant lui offre un vibrant hommage en réalisant un remake du Psychose d’Alfred Hitchcock. Van Sant a compris qu’un tel film est vraiment intouchable. Avec un immense respect et une incroyable virtuosité, il reprend donc le film plan par plan en y apportant seulement une touche de couleur que n’a pas la version originale.

Depuis une dizaine d’année, Norman Bates semble définitivement mort. Espérons qu’il soit heureux… avec sa maman.

Comment tuer son boss ? de Seth Gordon

Dans le film Comment tuer son boss ? (Horrible Bosses), trois amis niaiseux interprétés par les insignifiants Jason Bateman, Charlie Day et Jason Sudeikis sont harcelés par leurs patrons. Leur situation devient tellement insupportable qu’ils décident de passer au meurtre pour s’en débarrasser.

Réalisé dans les années 70 par un réalisateur italien de la trempe de Marco Ferreri ou Dino Risi, une telle histoire aurait rapidement viré au pamphlet et à la satire sociale montrant avec un œil avisé les dégâts de l’aliénation dans le monde du travail. Malheureusement, en 2011, le réalisateur Seth Gordon (Tout… sauf en famille), nullement aliéné par une masse de travail, gomme tout l’aspect politique qui pouvait germer de son sujet en transformant son film en un American Pie pour vieux adolescents effrayés de passer à l’âge adulte. En effet, Comment tuer son boss ? ne parle que d’une chose… de cul. Mais là où la série des Very Bad Trip réussit à être hilarante avec son accumulation de situations graveleuses basculant dans le grotesque, le film de Seth Gordon tombe à plat et sombre dans le gras et la vulgarité. Rien ne peut sauver ce film du désastre même un casting de choc puisque Comment tuer son boss ? fait l’exploit de réunir Kevin Spacey, Jamie Foxx, Colin Farrell et le pauvre Donald Sutherland dans une trop courte apparition.

Film catastrophique où l’on grimace au lieu de rire tant on rase le sol. On se morfond lorsque Jason Sudeikis s’enfonce une brosse à dent entre les fesses en imaginant Colin Farrell s’en servir le lendemain matin. Et pire, Jennifer Aniston en patronne soi-disant nymphomane n’est absolument pas crédible et encore moins bandante. En effet, Seth Gordon réduit la nymphomanie à des jeux de touche pipi. On imagine qu’avec de tels phantasmes, la vie sexuelle de Beavis and Butt-Head doit être bien plus épanouie que celle de ce tâcheron de réalisateur.

Voilà donc un film accumulant des scènes qui se veulent trash mais qui ne sont aucunement subversives et provocantes. Soucieux que nous soyons bien complètement cons à la fin de son film, Seth Gordon rajoute un bêtisier dans le générique de fin pour nous achever. Qu’y a-t-il de plus bête qu’un bêtisier s’interrogeait le brillant Claude Chabrol ? Nul doute que ce navet fera rire une génération perdue de peines à jouir.

Rideau please.

Midnight in Paris, ou comment Woody endort la ville

Lorsque l’on voit la gueule déconfite de Woody Allen sous le soleil de Californie dans l’excellent Annie Hall, on comprend que notre binoclard vit mal le fait de quitter New-York. D’ailleurs, n’a-t-il pas réalisé l’un des plus beaux cris d’amour pour cette ville avec Manhattan ? Woody semble définitivement marié avec New-York mais depuis 2005, il prend un étrange plaisir à tromper sa ville de prédilection avec des capitales européennes. Match Point a été un heureux adultère avec Londres. Ses sauteries anglaises suivantes avec Scoop et Le rêve de Cassandre ont été bien moins jouissives. Puis Woody a trainé sa caméra du côté de Barcelone pour revenir à Londres et enfin la poser dans notre capitale pour réaliser Midnight in Paris avec Owen Wilson.

De tout temps, Paris a toujours attiré les artistes américains et Woody Allen, que certains qualifient comme le plus européen des réalisateurs américains, se fond dans notre capitale pour son dernier film. Dès le début de Midnight in Paris, on comprend que la vision américaine de Woody Allen sur la plus belle ville du monde n’a malheureusement rien d’original. Le générique du film est une succession de plans vus et revus de Paris. En voyant ses images, qu’un air de jazz peine à faire swinguer, on a la triste impression de se trouver devant un étalage de cartes postales fadasses que l’on aurait honte d’envoyer à des amis.

Après cette laborieuse entrée en matière, on découvre un jeune couple d’américains préparant leur mariage. On sent poindre un désaccord entre eux puisque lui (Owen Wilson), scénariste hollywoodien frustré de ne pas être un écrivain, rêve de s’installer à Paris pour écrire son œuvre alors que sa future épouse (Rachel McAdams), accompagnée de ses parents, trouve ce projet totalement farfelu. Ce jeune couple en rencontre un autre dont le mari est une soi-disant sommité de culture. Owen Wilson, singeant admirablement le Woody Allen des années 70, ne supporte plus cet hurluberlu pédant que même sa future femme encense. Il trouve alors tous les prétextes pour prendre la poudre d’escampette et en profite pour aller se balader la nuit dans les rues de Paris. Un soir, il monte dans une vieille voiture et se retrouve catapulté dans le Paris qu’il fantasme, celui des années 20, aux cotés de ses idoles : Cole Porter, Ernest Hemingway, Scott et Zelda Fitzgerald, Picasso et tant d’autres.

Le coup du héros catapulté dans une autre dimension, Woody Allen nous l’avait déjà fait avec un immense talent dans La Rose pourpre du CaireMia Farrow traversait l’écran d’une salle de cinéma pour se retrouver dans le film qu’elle était en train de voir. Mais si la sauce prenait dans ce film, elle ne prend définitivement pas dans Midnight in Paris. En effet, au lieu de donner un nouvel éclairage sur le couple Fitzgerald, Allen se contente de recracher sans saveur tous les clichés que l’on colporte à leurs sujets depuis des lustres. Le personnage d’Hemingway est juste caricatural et les dialogues, surement écris à la va-vite, sonnent faux et frôlent le grotesque. Oui, bizarrement, ce film ne nous fait pas travailler les zygomatiques. Toutes les situations sont déjà vues et prévisibles comme si, à 75 ans, Woody Allen commençait à furieusement radoter. La magie de Paris a pourtant eut un impact merveilleux sur d’autres réalisateurs américains comme Vincente Minnelli ou John Huston mais Allen est incapable de faire vivre, de sentir et de filmer Paris. Woody Allen s’empêtre donc à nous proposer juste une succession de personnages sans saveur, joués par des acteurs trop contents de se retrouver dans un film du grand réalisateur et qui ne s’aperçoivent pas qu’ils pataugent dans un navet. Défilent ainsi dans ce Paris mort Gad Elmaleh, Léa Seydoux, Marion Cotillard ou encore Carla Bruni dont les apparitions n’apportent rien à cette intrigue cousue de fils blancs et où la magie n’opère jamais.

Heureusement qu’il nous restera donc toujours les livres de Scott Fitzgerald, d’Hemingway ou de Dos Passos et tant d’autres témoignages pour nous faire replonger avec talent dans ces affolantes et tumultueuses années que Woody Allen s’est contenté d’effleurer comme un vulgaire touriste. Avec un film aussi plat et en repensant aux chefs d’œuvres dont il a été capable, Woody Allen nous montre que même concernant son œuvre, c’était aussi mieux avant.

Ecoutez le Cinéma, nouveautés mai 2011

Bonne nouvelle ! Dès le 16 Mai, une nouvelle fournée de nouveautés de la série de Stéphane Lerouge, Ecoutez le Cinéma, arrivera dans les bacs. On avait en effet été un peu déçu du cru 2010 et l’abandon des beaux digipacks pour de vulgaires boitiers cristals  a quelque peu défiguré cette belle collection. Mais ne boudons pas notre plaisir car aucune autre maison de disques française ne peut s’enorgueillir d’une si belle série.

Au programme donc, quatre nouvelles sorties :

Michel Legrand : Suites cinématographiques / Cinéma Suites qui comprendra des raretés du compositeur qui va bientôt fêter ses 80 ans. On pourra découvrir des œuvres sans rythmique, sans soliste et ne flirtant ni avec le jazz, ni avec la variété… car uniquement pour orchestre. On pourra apprécier le talent de symphoniste de Michel Legrand à travers des œuvres méconnues comme un générique non utilisé du film de Robert Altman Prêt à porter mais aussi à travers une suite de quatre mouvements destinée aux Aventures de Don Quichotte. Sont présents aussi The Legend of Simon Conjurer, Sean and Audrey et Destination Zebra Suite.

Le Cinéma de Georges Lautner/ Musiques de Philippe Sarde qui offre une enthousiasmante synthèse de la collaboration entre ce prince de l’humour noir avec les musiques de Sarde. Huit films sont à l’honneur sur ce disque et l’on pourra passer de la partition inédite de La maison assassinée à celles de comédies réussies comme La valise, On aura tout vu et Pas de problème. Les snobs pourront se délecter en écoutant la musique de l’un des pires films avec Jean-Paul Belmondo, Joyeuses Pâques. Les fans d’Alain Delon, eux, pourront se replonger dans l’atmosphère oppressante du thriller raté mais néanmoins fascinant, Les seins de glaces.

Philippe Sarde / Costa Gavras pour la musique de Music Box, La petite apocalypse et des morceaux additionnels qui n’ont jamais été publiés en disque du score de Mad City. Pour la musique de Music Box, Costa Gavras aimait cette idée paradoxale d’engager un compositeur français sur un sujet américain mais aux racines d’Europe Centrale. Sarde compose donc une vaste partition enregistrée à Budapest et à Londres aux sonorités du folklore hongrois. Cette édition est en plus accompagnée d’un entretien avec le metteur en scène.

Maurice Jarre / El Condor-Villa Rides ! Il est étonnant de voir avec quelle aisance Maurice Jarre, lui qui se considérait trop français, a su se fondre avec la musique de film américaine. Le meilleur examen de passage pour faire ses armes à Hollywood est bien évidemment le western. Maurice Jarre, suite à son oscar obtenu pour Docteur Jivago, en a signé pas moins de huit. Stéphane Lerouge nous offre deux scores sur un même disque de deux films pour les nostalgiques de Charles Bronson et Robert Mitchum. La première Pancho Villa n’a jamais été éditée en cd et la seconde, El Condor est totalement inédite.

Il nous reste donc qu’à attendre le 16 Mai et à trouver un disquaire… si cette espèce n’a pas encore totalement disparu.