The Golden Child ou comment John Barry n’est plus l’enfant sacré

95 musiciens, une semaine d’enregistrement dans le prestigieux studio de la Paramount, plus de quatre-vingt minutes d’une musique symphonique écrite en six semaines par un compositeur fraîchement oscarisé et le tout… balancé à la poubelle en moins d’une minute. Voici la triste histoire qui arriva à John Barry en 1986 lorsqu’il accepta de signer la musique du film de Michael Ritchie, The Golden Child.

On a du mal à le croire, mais en 1985, l’enfant prodige d’Hollywood s’appelle Eddie Murphy. Son Flic de Beverly Hills a fait l’exploit de devancer des films tels que les Gremlins, Indiana Jones et le temple maudit et Ghostsbusters au box-office. A 24 ans, Murphy doit pérenniser son succès et trouver le film qui puisse lui permettre de ne pas dégringoler du sommet. Son choix se tourne vers un grand film d’aventure, The Golden Child. Pour ce film, il abandonne les films policiers et les comédies et se retrouve embarqué dans des péripéties truffées d’effets spéciaux entre le Tibet et Los Angeles. Au péril de sa vie, il va devoir sauver l’enfant sacré du Tibet et l’aider à éliminer un démon qui veut détruire le monde.

Le studio Paramount met les moyens en flambant un budget de 25 millions de dollars pour cette super production. Michael Ritchie (Votez McKay, Carnage), en bon technicien, est à la réalisation pour ce film familial. Alan Silvestri (Retour vers le futur, A la poursuite du diamant vert) est le premier compositeur à être sollicité pour composer la musique du film. Mais la Paramount préfère jouer la sécurité et le classicisme en engageant John Barry. Ce dernier vient tout juste de remporter un oscar pour la musique de Out of Africa et on connait sa facilité à mettre en musique les aventures exotiques de James Bond.

Malgré un cours laps de temps pour composer la musique du film, John Barry livre à la Paramount une heure vingt de musique. Le film faisait, dans son premier montage, un peu plus de deux heures. A seulement quelques semaines de sa sortie, des projections tests ont été effectuées sur un panel de spectateurs. Les réactions sont plus que mitigées. Le film est tout d’abord trop long et les spectateurs ne retrouvent pas le Eddie Murphy drôle qu’ils avaient l’habitude de voir. Pas moins de quarante minutes sont coupées de ce premier montage et des scènes à caractère comique sont rapidement retournées. Mais le plus gros souci vient de la musique. John Barry a composé une musique majestueuse, au tempo assez lent et parfois mélancolique qui colle admirablement aux paysages du film mais alourdi l’action et ne correspond vraiment pas à la personnalité d’Eddie Murphy. Ce dernier n’a évidemment ni la classe, ni l’élégance d’un Roger Moore et d’un Robert Redford et la délicatesse musicale d’un John Barry ne lui correspond pas. On ne confond pas les torchons et les serviettes. D’ailleurs, la musique synthétique et sautillante du Flic de Beverly Hills ne colle-t-elle pas admirablement aux laborieuses grimaces d’Eddie Murphy ?

L’erreur de casting est donc cuisante. Il est indéniable que John Barry n’a pas su saisir ce film. Peut-être, et pour la première de sa vie, ce génial compositeur n’est plus en phase avec une nouvelle génération d’acteurs. Suite au nouveau montage, Paramount demande à John Barry de recomposer un nouveau score. Celui-ci vexé et probablement blessé, leur claque la porte au nez.

Catastrophe ! A quelques mois de sa sortie en salle, The Golden Child est un film sans musique. Le compositeur français Michel Colombier (L’alpagueur, Purple Rain) est recruté d’urgence. En deux semaines, Colombier réussit l’exploit d’enregistrer une nouvelle musique avec un orchestre de 67 musiciens. Mais, pour répondre à la demande de Paramount, l’orchestre est mixé très en retrait pour mettre en avant le son des guitares électriques,  des batteries et surtout des synthétiseurs afin d’être en phase avec les productions pop du moment. A la sortie du film, il ne reste de la musique de John Barry plus qu’un morceau symphonique et le titre, The best man in the world, chanté par Ann Wilson.

Mais grâce au label californien La La Land, tout n’a pas été perdu. Cette maison de disques vient de sortir l’intégralité des musiques composées autour de The Golden Child dans un magnifique coffret triple Cds édité à seulement cinq mille exemplaires. Comme en 1986, nos oreilles sont maltraitées à l’écoute des tubes de Ratt, Martha Davis ou Marlon Jackson que l’on trouvait sur l’édition vinyle de cette bande originale. Malgré toute la compassion que l’on peut avoir pour les épouvantables conditions de travail dans lesquelles Michel Colombier à sorti cette musique, on est vite fatigué par ses guitares funky, ses grand coups de caisses claires et de cuivres qui sonnent très Phil Collins. Ce score facile et malgré tout efficace a abominablement mal vieilli. Quant à la musique si classique de John Barry, dont la plupart des morceaux n’ont même pas eu le temps d’avoir un titre,  elle n’a pas pris une ride.

Même si les musiques de Michel Colombier et John Barry ont été composées pour accompagner toutes deux The Golden Child, on se demande s’ils ont vu le même film. Colombier a en tout cas vu juste et contribue au succès immédiat du film. En appréhendant le film de manière plus sérieuse et dramatique, John Barry a fait un magnifique hors sujet. On reste néanmoins soulagés de ne pas voir la musique du Maître associée aux dialogues d’Eddie Murphy dont je vous laisse savourer le raffinement : « Je rame merde ! J’te ramerais dans le cul moi quand… Oui, mec, un grand coup de rame dans le cul, attends voir, tu la vois cette rame, je vais t’empaler dessus, elle te sortira par les trous de nez ! ».

Finalement, c’est une très bonne chose qu’Eddie Murphy et John Barry ne se soient jamais trouvés un fauteuil pour deux.

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2 réponses à “The Golden Child ou comment John Barry n’est plus l’enfant sacré

  1. Murphy n’est pas ma tasse de thé alors que Barry, si.

  2. Effectivement, la musique de John Barry est complètement hors sujet.
    Mais enfin, quel hors sujet ! A la différence de celle de Michel Colombier qui est simplement inécoutable sans les images.
    Merci pour cette belle intégrale « obligée » La La Land.

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