La Reine de la nuit (1977), de Marc Behm

Pauvre Edmonde Kerrl ! Sa vie a été tellement courte qu’elle a à peine eu le temps de terminer de lire Anthony Adverse, marchand d’esclave d’Hervey Allen. Il est vrai que lorsque l’on est un membre éminent de la S.A puis des S.S, on a peu de chance de survivre en 1945. Mais Edmonde savait tout cela puisque depuis sa tendre enfance elle se sentait suivie par un méchant loup qui attendait le moment opportun pour s’occuper de son cas. Ce loup inquiétant, sorti d’un conte pour enfant, a finalement pris les traits de l’Allemagne pour dévorer l’adorable petite Edmonde devenue grande et si méchante.

Pour son premier roman La Reine de la Nuit (1977), Marc Behm raconte le destin incroyable d’une jeune allemande qui n’avait demandé à la vie qu’à faire de longues promenades avec son père et à se retrouver dans la maison du Seigneur. Heureusement, l’imagination délirante de Marc Behm n’offrira jamais ce paisible destin à son héroïne. En effet, dès son plus jeune âge la petite Edmonde est très agitée. Très tôt durant son adolescence, elle affirme son goût prononcé pour les filles et son dégoût des hommes. C’est par un hasard et un malentendu qu’elle entre dans le parti nazi et ne cesse de prendre des responsabilités de plus en plus élevées tout en pestant contre la crétinerie de ses représentants. Sous la plume de Marc Behm, nous suivons Edmonde dans un Paris occupé où elle est le guide privilégié du Führer. On la croise aussi sur le front russe, dans les camps en Pologne mais aussi dans les bras et entre les jambes d’Eva Braun puis dans le lit d’Hermann Goering où celle-ci tente de branler, en vain, ce gros porc défaillant.

Malgré son titre, La Reine de la Nuit n’a rien à voir avec la Flûte Enchantée de Mozart et ce roman n’est absolument pas une évocation de la franc-maçonnerie. Par son ton picaresque, surréaliste et halluciné, La Reine de la Nuit rappelle certaines pages des chroniques allemandes de Louis-Ferdinand Céline. On rit beaucoup dans ce roman très référencé où l’on évoque de manière décalée les œuvres d’Ibsen, de Louise Brooks, de Shakespeare ou encore de Beethoven. Derrière les aventures d’Edmonde, on pense aux mémoires écrites par la fantasque et originale Maud De Belleroche dans son livre Le Ballet des Crabes. De nombreux traits sont communs entre ces deux tempéraments exceptionnels mais Maud De Belleroche, contrairement à cette peste d’Edmonde, n’a jamais été violente ni nazie.

Marc Behm (1925-2007)

Dès son premier roman, Marc Behm pose déjà les thèmes que l’on retrouve tout au fil de son œuvre. Dans ses autres bouquins tels que Et ne cherche pas à savoir ou Trouille, ses personnages sont en effet toujours poursuivis par un élément fantastique. Les femmes sont constamment des gouines totalement dégénérées et les hommes font preuve d’une perpétuelle impuissance et de lâcheté. Mais malgré toutes leurs tares, ils sont drôles, vifs, cultivés et foutrement attachants. Finalement, j’aurais bien voulu connaître cette Edmonde…

 La Reine de La Nuit (The Queen Of The Night) – éditions Rivages/Noirs (135)
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