Gary Wright, Dream Weaver 1975



Evidemment, avec une pochette aussi abominable, on a plus envie de lâcher un tel disque plutôt que de se l’accaparer. Et puis, qui est-ce d’ailleurs ce Gary Wright ? Les abrutis ne sauront pas qui il est, les étourdis penseront qu’il a été le clavier de Pink Floyd en le confondant avec Richard Wright et les érudits du rock auront bien du mal à le classer quelque part. Gary Wright a en effet une carrière toute en zigzag et un parcours pour le moins étonnant puisqu’il a joué et a été repris par les plus grands, tout en ne réussissant pas à véritablement percer.

C’est en 1967 que Gary Wright, encore jeune étudiant américain, est envoyé en Angleterre pour poursuivre ses études de psychologie. Sur place, il rencontre Chris Blackwell, le fondateur du légendaire label Island (Traffic, Free, Cat Stevens). Par son intermédiaire, il remplace Keith Emerson à l’orgue au sein des V.I.P’S qui se transforme à son arrivée en Spooky Tooth après s’est appelé Art pendant seulement quelques mois.
Dès leur premier album, It’s All About (1968), Spooky Tooth remporte un succès tant critique que public. L’utilisation simultanée du piano joué par Mike Harrison et de l’orgue de Gary Wright offre au groupe un son unique que l’on ne retrouve dans aucun autre groupe progressif de l’époque. Le groupe va enfoncer le clou sur le plan des expérimentations musicales avec l’album Ceremony (1970) qu’ils composent avec le maitre français de l’électroacoustique, Pierre Henry. Disque puissant d’une messe moderne où Gary Wright s’en donne à cœur joie avec un orgue omniprésent. La même année, pour ne pas trop déconcerter leur public, ils reviendront avec un album plus commercial, The Last puff, sur lequel on retrouve une époustouflante reprise d’I Am The Walrus des Beatles.

Ce début de seventies est totalement riche et euphorique pour Gary Wright. On le retrouve aussi bien derrière la console aux cotés de Jimmy Miller pour participer à la production d’albums de Traffic et des Rolling Stones qu’en studio avec George Harrison pour l’aider à finaliser son triple album All Things Must Pass. L’influence d’Harrison sur Wright sera décisive tant d’un point de vue religieux que musical. Harrison pousse Wright à voler de ses propres ailes. En 1971, il sort Extraction, son premier effort en solo. Cet album permet à Wright de revenir à ses racines américaines avec de bons rocks bien ficelés et de se démarquer des productions anglaises sophistiquées. Et d’un coté religieux, Wright est un parfait compagnon de méditation pour Harrison qui n’hésite pas à l’inviter dans ses périples indiens. Durant ses longues périodes de recueillement, Wright va chercher au fond de lui-même la chanson pop parfaite.  

La formule parfaite tombe du ciel en 1975 lorsque Gary Wright se met au travail sur son nouvel album solo, Dream Weaver. Tenant à tout contrôler, il produit, compose et chante sur tous les titres. Wright se colle alors à toutes les nouvelles technologies liées aux claviers et Dream Weaver devient ainsi le premier album entièrement joué par un groupe de musiciens aux claviers. Toutes les sortes d’instruments à touches, de l’orgue Hammond en passant par le Fender Rhodes jusqu’au Moog Brass sont exploitées. Seul Jim Keltner aura le droit de franchir la porte du studio avec sa batterie. Wright vise haut et cherche le tube à chacun des titres. On le sent à l’aise dans tous les styles de musique, allant de la ballade entêtante jusqu’au funk puissant où il n’hésite pas à se racler les cordes vocales pour chanter comme un black sur l’affolant Can’t find the judge. De plus, Dream Weaver, chanson douce et planante, offre à Wright une première place dans les charts qui sera suivie d’une seconde avec Love is Alive.

Avec Dream Weaver et ses deux millions de copies vendues, Wright ne se relèvera jamais de cet album visionnaire qui influença toute l’industrie musicale. En dernier tour de danse, Wright réactive son Dream Weaver en 1991. Cette nouvelle version enregistrée pour accompagner le film crétin Wayne’s World est nouvelle fois catapultée en première place.
Depuis, Wright continue dans l’ombre des Beatles en s’amusant à jouer dans le All Star Band de Ringo Starr pendant qu’Anastacia s’occupe de lui récolter des droits d’auteurs en reprenant Love Is Alive.

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