Chicago 16, un album sous-estimé

Combien de pelles ont été galochées ? Combien de poitrines se sont gonflées ? Combien de soutien-gorges ont été dégrafés ? Combien de jeans ont été débraguettés ? Combien de vulves sont devenues volcaniques en cet été 1976 quand Chicago a enfin pu flirter pour la première fois avec le sommet des charts avec leur ballade If You leave me now ? Ce titre composé et chanté par le bassiste Peter Cetera a d’abord failli être écarté de l’enregistrement du dixième album de Chicago. En effet, Chicago, groupe plutôt catalogué dans la catégorie rock se demandait si un tel slow avait sa place au milieu de leur titres enflammés. Ce succès a été à double tranchant puisque Chicago s’est retrouvé tout de suite éjecté dans la catégorie des groupes sirupeux alors qu’il culminait dans celle, plus reluisante, des groupes de rocks novateurs. Leurs successives maisons de disques n’ont rien arrangé en les incitant à tirer, à chacun de leurs nouveaux albums, un second coup tout aussi juteux que ce If You leave me now. Six ans plus tard, on peut mesurer le triomphe de cette chanson en imaginant  qu’au moins un quart des élèves d’une classe de cours préparatoire à été conçu à l’arrière d’une Cadillac sur cette chanson. Remercions les hommes peu résistants qui, dans une giclée  précoce, ont limité ce chiffre à un quart évitant ainsi un nouveau baby boom.

A l’heure où toutes ces charmantes petites têtes blondes apprennent à lire, où en est Chicago en 1982 ? En six années, le groupe a traversé bien des tempêtes. Musiciens exceptionnels, ils n’ont eu aucun mal à surfer sur la sordide vague du disco en alignant des tubes tels que Street player ou encore Alive again. Mais les fondations du groupe ont été sacrément ébranlées le 23 janvier 1978 lorsque leur génial guitariste, Terry Kath, perd la vie en gagnant à la roulette russe. Donnie Dacus, guitariste ayant fait ses armes avec Stephen Stills, s’aperçoit avec effroi que le proverbe ‘Nulle n’est irremplaçable’ est  totalement idiot. Dacus, guitariste pourtant impressionnant, jette l’éponge en 1980. Il faudra attendre l’arrivée de Bill Champlin pour que Chicago retrouve ses marques et son équilibre. En effet, Peter Cetera pense sérieusement à quitter le groupe pour se consacrer à sa carrière solo et seul un projet excitant peut le faire revenir au bercail. Chicago XVI sera ce projet où tout est remis à plat. Le groupe quitte Columbia avec qui ils étaient associés depuis plus de treize ans au profit de Warner Music.
L’arrivée de Champlin à la guitare, au chant, aux arrangements et à la composition apporte un souffle salvateur au groupe. Champlin impose le producteur d’Earth Wind and Fire, David Foster aux manettes. Afin d’assurer un succès complet à cet album, les requins de studios de Toto que sont Steve Lukather et Steve Porcaro contribuent à donner à Chicago un son actuel. Il est intéressant de s’apercevoir que tout ce beau monde, Champlin et Foster compris, avaient déjà tous bossé ensemble sur le 21 at 33 (soit 21 albums à 33 ans) d’Elton John deux ans auparavant.

Avec un tel casting et dans une époque où la notion de rock ne veut plus rien dire, il est évident que Chicago XVI ne ressemble en rien à leurs premiers disques. La révolte a laissé place à l’Entertainment  et le rock n’est devenu plus qu’une variété musclée. Tout comme Paul McCartney avec son Tug of War, Chicago s’efforce de donner des lettres de noblesses à ce style si souvent ridiculisé.  Mais avec des titres comme What you’re missing et Follow me, Chicago sait renouer avec des riffs de guitares ravageurs et des arrangements de cuivres étincelants. Chicago XVI fait partie de ses albums qui ont cartonné à leur sortie et qui sont totalement tombés dans les oubliettes. Peter Cetera, plus Robert Palmer que jamais, offre un petit frère à If You Leave Me Now avec le pompeux mais imparable Hard To Say I’m Sorry qui grimpe lui aussi à la première place des charts. Malheureusement, la version single de ce titre sera amputée du démoniaque enchainement avec le titre Get Away composé par Peter Cetera, David Foster et Robert Lamm.

Leur disque suivant, évidemment intitulé Chicago XVII, capitalisera les recettes de cet opus aujourd’hui totalement sous-estimé. Cela permettra au groupe de connaitre leur plus grand succès à ce jour avec plus de sept millions de copies vendues. Mais c’est une autre histoire.

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2 réponses à “Chicago 16, un album sous-estimé

  1. Que voilà une bonne idée de tenter l’impossible croisade: réhabiliter ce grand groupe mal compris et mal connu. Je n’ai jamais écouté ce no. 16, mais vais tâcher de le faire au plus vite suite à ton excellente chronique. Pour le reste, il faut avoir entendu une fois dans sa vie les deux premiers opus ainsi qu’un copieux best of. Au minimum. Quant à la guitare de Kath… Sublime!

  2. Chicago 16 est un excellent album, qui s’est curieusement fait connaître par 2 titres, qui sont 2 slows.
    Je dis « curieusement » car ne vous y tropez pas: à part ces 2 slows, c’est un album extrêmement dynamique, avec une pêche incroyable.
    Qui aurait imaginé par exemple que la 2ème partie de « Hard to say I’m sorry » est un final rock, limite hard-rock? Mais ça personne ne le sait puisque « Hard to say I’m sorry » est systématiquement coupé à la fin de sa partie « slow » quand ce titre passe à la radio…
    Les 5 premiers titres sont les meilleurs. A mon avis « Bad advice » est le meilleur titre de l’album. La suite est légèrement moins convaincante mais c’est quand même très bon. Pour moi les 2 seuls points faibles sont: « Rescue you » et « Follow me ».
    Un album de très bonne facture, avec beaucoup, beaucoup d’énergie et de belles mélodies.

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